Publié le 08.06.2014 par ChroniqueAssmat :: Chronique littéraire :: Mise à jour le 09.06.2014

... un métier à part (entière)"

 Voici le n° 69 de la collection Spirale « La grande aventure de Monsieur bébé », coordonné par notre collègue, Patricia Denat (1) Ce livre est composé à la fois d'interventions de spécialistes de la petite enfance, de témoignages, d'intermèdes de Patricia Denat et de rubriques.

Je recommanderais la lecture de cet ouvrage bien que je l'aie trouvé très inégal, en particulier dans la qualité des intervenants, pas toujours très au fait de notre métier et de ses spécificités. Qui nous connaît vraiment ? Qui a pu observer notre travail ? Qui parle à bon escient ?

Jacky Israël, pédiatre (pages 21 à 29) évoque notre métier avec bienveillance, ce qui est assez rare, je souhaite donc le remercier : « Bien sûr, on pourra toujours arguer sur les manques de la formation des assistantes maternelles, à condition d'ignorer leur recherche personnelle de perfectionnement. En effet, nombre d'entre elles lisent des revues professionnelles et des livres traitant aussi bien des soins de puériculture que de psychologie. L'information touche tout un chacun à l'heure d'internet, il est particulièrement malveillant de penser que les assistantes maternelles, dans leur désir de bien faire, s'en priveraient » (p.22)

Régine Prieur, sage-femme, psychologue et consultante en allaitement (pages 32 à 43) nous rappelle l'importance de l'allaitement maternel et donne des conseils précis et utiles aux assistantes maternelles qui souhaiteraient accueillir un bébé allaité. A lire absolument. Il est bien regrettable que ce domaine ne soit pas abordé en formation !

Pour celles qui s'intéressent aux Mam, l'intervention de Jean-Marc Dulon, chef de service agréments, apporte des éléments sur l'agrément des Mam  (pages 53 à 57). Un chapitre très technique sur une organisation du travail en commun, qui continue visiblement d'inquiéter. Sur le même thème, la Mam Les Pitchounets expose son fonctionnement (pages 79 à 81). Utile éventuellement à celles qui sont actuellement en création de Mam...

J'ai apprécié l'intervention de Jean-Robert Appell, EJE ( pages 63 à 66) sur l'organisation de l'espace dédié aux jeunes enfants chez l'assistante maternelle. « L'enfant, dans un espace adapté à ses  besoins [besoin de se sentir en sécurité, besoin de rencontres, besoin d'être actif], dans lequel il va pouvoir se mouvoir librement, va développer de sa propre initiative son sentiment de compétence à travers ses expériences. Il va prendre conscience de son corps dans l'espace, explorer, manipuler, penser, créer, imaginer, construire mais aussi se concentrer, rencontrer, prendre confiance dans ses capacités qu'il développera en compétences. » (p. 64) Une phrase à apprendre par cœur pour répondre aux parents, inquiets, sur l'utilité de la motricité et du jeu libres !

L'intervention de Joëlle Drouant et de Véronique Berthou (pages 67 à 74) est un plaidoyer pour la crèche familiale, pour ceux que cela peut intéresser. Dommage que l'on n'y parle que des côtés positifs : pourquoi alors sont-elles partout en plein déclin ?

Fatima Belkacem, une collègue, nous parle de la première rencontre avec les parents (pages 75 à 78) et de l'importance de la période d'adaptation. A l 'initiative de sa crèche familiale, un questionnaire est proposé aux parents pour aider nos collègues à mieux faire connaissance avec l'enfant. Un outil intéressant, à adapter éventuellement à ses propres besoins.

Isabelle Fouquet, psychomotricienne attire notre attention sur l'importance de l'observation comme outil de travail (pages 82 à 90) « L'observation nous permet de mieux connaître l'enfant, de changer nos représentations et de ne pas rester en prise avec nos émotions ; elle est un moyen très utile dans des situations difficiles ou particulières ; et surtout : observer, ce n'est pas ne rien faire, cela fait partie intégrante de notre travail » Ainsi, les assistantes maternelles  formées à l'observation «  acceptent mieux l'idée que leur travail n'est pas d'apprendre à faire faire aux enfants, mais de les accompagner dans leur propre chemin d'apprentissage et de construction d'être humain. » (p. 86)

Un témoignage poignant de parents (pages 91 à 97) qui montre bien toute l'importance de notre métier, la nécessité d'un accueil bienveillant et respectueux des enfants et de leurs parents ! Et l'utilité des psy … :
« Cependant, des troubles du sommeil de plus en plus perturbants sont venus s'immiscer au sein de nos nuits […] Après trois mois de ce rythme infernal, j'ai fini par consulter une psychologue spécialisée dans l'accompagnement du jeune enfant : elle m'a parlé d'une réelle « fusion » entre mon enfant et moi […] et surtout de ne jamais le faire entrer dans notre chambre. J'ai suivi à la lettre chacune de ses propositions […] Nous avions fermé la porte de notre chambre comme elle nous l'avait conseillé, mais notre enfant, paniqué, fatigué, perdu, se couchait sur le carrelage froid, devant notre porte, pour s'endormir au petit matin, la voix cassée d'avoir trop pleuré. » » (p.95) Cette torture a donc duré quatre mois, jusqu'à ce qu'un matelas soit installé au sol, dans la chambre des parents, pour calmer les angoisses de l'enfant, et que tout rentre dans l'ordre !
Encourageons donc de toutes nos forces les jeunes parents à se libérer des diktats (de la famille, des psy et de tous ceux qui prétendent connaître leur enfant mieux qu'eux-mêmes) et à faire selon leur cœur !!! Quatre mois de souffrances inutiles infligées à cet enfant … réveillons-nous !

Un autre témoignage, drôlissime celui-là, (pages 113 à 115) d'une fille d'assistante maternelle : ah, ce que vivent nos propres enfants ! « Il ne sera plus la peine de programmer votre réveil à la première heure, les bébés se chargeront avec plaisir, et une ponctualité surprenante, de vous réveiller avec une délicatesse et une douceur dont eux seuls ont le secret ! En ce qui concerne le petit déjeuner, vous n'aurez jamais eu autant d'animation à des heures aussi matinales : les parents de ces petits défileront, un à un, vous regardant manger en pyjama et échevelé, s'attarderont parfois en discutant et en riant à la gloire de leurs enfants. » (p.113) J'en ris encore !

 Mention spéciale pour l'intervention de Suzon Bosse-Platière (2) (pages 116 à 134) qui, elle, sait de quoi elle parle, lorsqu'elle évoque notre petit monde plein de paradoxes et de mystères : la complexité de l'organisation vie privée - vie professionnelle, la solitude, le manque de formation, le non-sens de l'agrément  qui « porte ainsi un jugement de valeur sur la personne, sa personnalité, ses qualités personnelles, maternelles, sur sa famille, son environnement. Il présuppose les capacités à exercer un métier , que la candidate ne connaît pas encore, à partir de ce qu'elle en imagine, puisque aucune formation ne l'y a préparée.[...] L'agrément juge plus la mère que la future professionnelle. Plus grave, il laisse supposer qu'être mère et être professionnelle, élever ses enfants et accueillir ceux des autres, seraient du même registre, ce qui est un contre-sens absolu sujet à de grave dérives. » (p.121) La définition de notre travail, les compétences requises, le positionnement professionnel,  la nécessaire confiance en soi et l'indispensable remise en question continuelle car pour nous « tout se rejoue sans cesse » (p.133) Bravo et merci !

J'aimerais savoir sur quelles études récentes se base Gérard Neyland, sociologue (pages 143 à 150) pour écrire son article ? « N'ayant pas toujours suivi des études très longues, beaucoup d'assistantes maternelles partagent la valorisation de la fonction maternelle de soin et d'éducation des représentants des couches populaires » Lire ma chronique de Juillet 2014, pour ceux qui souhaitent en savoir plus …

Le texte de Véronique Schrive, intervenante en motricité libre (pages 156 à 160) aurait demandé à être plus approfondi, car nous touchons là au cœur de notre métier « Comment laisser l'enfant explorer librement et garantir sa sécurité ? » (p. 156) Cette formatrice donne deux exemples concrets issus d'ateliers au Ram avec des collègues «  Étonnées aussi et émerveillées par les capacités des enfants, par la joie véritable qu'ils éprouvent quand ils y arrivent par eux-mêmes » (p.158) On aurait aimé en savoir plus …

Le livre se termine sur des rubriques, intéressantes bien que n'ayant aucun rapport direct avec notre métier.
Chapeau bas à Patricia Denat qui a coordonné ce livre et qui « défie quiconque de pouvoir revendiquer  autant de richesses, de rencontres, d'émotions, dans sa profession ! » (p.196)
J'aime l'idée des photos en début d'intervention, parce que c'est toujours agréable de savoir qui nous parle.
Impossible, pour finir, de ne pas parler de l'édito de Patrick Ben Soussan (éditeur) complètement hors de propos : l'occasion pour lui de régler ses comptes avec Jean-François Copé … Une manière de défigurer ce livre, pourtant enrichissant par certains côtés.


(1) Patricia Denat, « Papa, Maman, ma nounou et moi »,  aux Éditions érès, 2011
(2) Suzon Bosse-PLatière a écrit de nombreux livres sur la parentalité, les métiers de l'accueil dont « Les relais assistantes maternelles : améliorer l'accueil individuel des jeunes enfants ? » aux éditions érès, 2010, et écrit de nombreux articles dans les magazines spécialisés.

 

 

 

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