Publié le 28.05.2014 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 26.01.2015

Chronique de Mars 2014 :                                             

                                                   Bébé joue … ou pas !

« Et, autrement … euh, vous faites des activités avec les enfants ? » Je reçois aujourd’hui de gentils parents, accompagnés d’une jolie petite fille de 8 ans. Maman, enceinte, peine à trouver une place confortable sur mon canapé ; elle accouche dans quelques jours et on lit sur son visage l’inquiétude de trouver pour la rentrée une « bonne nounou » pour son petit bébé. Mais comment définit-on une bonne assistante maternelle ?
Papa et Maman ont eu trois assistantes maternelles pour leur fille aînée et vécu une mauvaise expérience avec la dernière. Ils sont angoissés et évoquent souvent cette collègue qui les a beaucoup déçus. Ils me disent très franchement avoir fait une pré-inscription en crèche mais savent bien qu’ils auront peu de chance d’être acceptés : un accueil familial n’est pas leur premier choix, comme pour beaucoup de parents, mais un choix par défaut. Ils ne veulent pas revivre les angoisses et les déceptions qu’ils ont déjà connues. De plus devenir employeurs, avec toutes les contraintes que cela implique, ne les tente guère. Je les comprends, mais s’engager auprès d’une assistante maternelle, tout en espérant une réponse positive de la crèche, c’est courir deux lièvres à la fois !
Nous parlons horaires, contrat, congés, mensualisation … Puis arrivent les questions concernant le quotidien que vivent les enfants chez moi. Les activités, donc. Bien sûr, oui, je fais des activités avec les enfants : activités manuelles, jeux d’éveil, puzzles, lecture, chansons. Papa et Maman se montrent très intéressés et admirent le coin-jeu dans mon salon. « Il y a de quoi faire, dites-donc ! » Oui, et c’est là que je vais tenter de défendre mon point de vue selon lequel, dans tous les cas, je privilégie le jeu libre entre les enfants car c’est ainsi qu’ils apprennent le plus. « Le jeu libre, vous croyez ? »
J’essaie d’expliquer que les enfants apprennent beaucoup les uns des autres, s’imitent, s’enrichissent mutuellement et que le jeu libre permet de développer leur imaginaire, de donner libre cours à leur créativité, que les jeux les plus simples sont souvent ceux qui leur apportent le plus, que même leur laisser l’occasion de s’ennuyer, leur permet de trouver par eux-mêmes de quoi s’occuper, de rêver . « Mais vous, alors, qu’est-ce que vous faites ? » me demande Maman. J’observe, je leur souris pour leur montrer que j’ai remarqué un progrès, une interaction qui les amuse, j’applaudis si le cube qui tout à l’heure ne rentrait pas dans la boite a finalement réussi à s’y loger. Je n’interviens dans leurs jeux qu’en cas de conflit qui risque de dégénérer. Ou pour boire un café fictif qu’ils ont eu la gentillesse de me préparer. Papa et Maman se regardent : petit moment de flottement …
Comme si ça ne suffisait pas, j’ajoute qu’en plus de privilégier le jeu libre, je sors aussi le plus souvent possible avec eux : se dépenser à l’extérieur, courir, jouer au ballon, faire du porteur, encore une fois, les laisser libres d’observer les coccinelles ou les écureuils, c’est une priorité pour moi. J’ai la chance d’avoir un joli parc près de chez moi dont l’aire de jeu est très appréciée des collègues du quartier qui s’y retrouvent dès que le temps le permet. « Ah, au moins, vous les socialisez ! » Bien sûr, oui, ils y retrouvent souvent les mêmes enfants avec lesquels ils jouent volontiers. Soulagement. « Parce que vous comprenez, quand nous avons inscrit notre aînée à l’école, la maitresse nous a regardés avec pitié quand nous lui avons dit qu’elle n’était pas allée à la crèche. »

 

 On sait pourtant aujourd’hui comment nos bébés apprennent ! Comment se développe leur intelligence : par l’exploration, par des tentatives toujours renouvelées, par l’expérimentation. Les adultes doivent proposer un environnement suffisamment riche et varié pour que de telles expérimentations puissent se faire. Laisser les enfants jouer entre eux, apprendre les uns des autres, expérimenter seuls ou en groupe, c’est aussi les préparer aux apprentissages scolaires qui viendront par la suite. Mais la crainte des parents que leur enfant ne réussisse pas son entrée en maternelle, qu’il prenne du retard sur ceux qui ont eu la chance de fréquenter une structure dès leur premier âge, est bien réelle. C’est une situation que nous connaissons toutes.


Défendre alors un point de vue un peu différent, tenter d’apporter de nouvelles pistes de réflexion, expliquer ce que nous pensons être le mieux pour ces petits qui nous sont confiés, ce n’est pas chose aisée ! On sait que les enfants apprennent le plus durant leurs premières années de vie, et qu’ils apprennent en jouant. L’activité d’éveil la plus ludique possible, reste une activité et non un jeu inventé par l’enfant lui-même : le bénéfice n’en sera pas le même. Suivre les consignes de l’activité, c’est bien, en inventer de nouvelles, c’est faire montre d’imagination et de créativité ! Comprendre le fonctionnement d’un jouet, tel que l’a prévu son fabriquant, c’est bien également, en détourner le sens pour créer un nouveau jeu, c’est passionnant pour l’enfant lui-même et stimulant pour ses petits copains : les voilà tous en train de découvrir un nouveau monde !
Emportée par ma passion, j’ai peut-être laissé ces jeunes parents un peu désemparés  finalement ! Pour tout dire, interloqués et déstabilisés … Il me faut d’urgence reprendre la situation en main : « et pour répondre à votre question, nous faisons régulièrement  des activités, en effet : pâte à sel, dessin, peinture et toutes sortes de bricolages ! » Le soulagement se lit sur leur visage. Ils ont peut-être trouvé une assistante maternelle pour leur futur bébé !
Françoise Näser
(illustration sur le blog www.cote-momes.com)
 


Retrouvez moi dans : "Une vraie vie de nounou" aux Editions Philippe Duval, 12€

  toujours en librairie ou sur les sites de vente en ligne !


Laisser un commentaire ?

Par MiluneNounou le 05.08.2014


Toujours difficile je trouve de cerner les attentes des parents. Surtout que eux même ne savent pas toujours qu'elles sont leurs attentes et en plus ces attentes changent d'une famille à l'autre. C'est très souvent qu'à la fin d'un premier entretient je trouve que j'ai été nulle.

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 26.01.2015


Nous faisons toutes ce que nous pouvons, ainsi que les parents ...
Bon courage, Milune

Vous n'êtes pas connectés !

Pour pouvoir vous connecter, veuillez vous connecter s'il vous plait

Se connecter a mon compte Créer un compte

Les catégories

Facebook

Les Dernières publications

Les derniers commentaires