De la culpabilité ...

Publié le 01.11.2015 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 10.11.2015

 

 ... et des limites d'un métier complexe.

Chronique de Novembre 2015 :

 

« Nina a encore perdu du poids ! »
Quelle immense responsabilité pour Juliette, sa nounou, quel fardeau sur ses épaules : elle fait pourtant tout ce qu'elle peut pour nourrir cette petite qui refuse systématiquement le biberon. Dès les premiers temps de l'accueil, dès la première semaine de reprise du travail de sa Maman, le poids de Juliette est au menu de toutes les discussions. A-t-elle pris quelques dizaines de grammes et on ouvrirait presque le champagne ! A-t-elle de nouveau perdu du poids qu'on cherche désespérément un nouveau pédiatre à consulter, même si pour cela il faut parcourir des kilomètres : chaque nouveau rendez-vous est un fiasco pour les jeunes parents au désespoir. Malgré son petit gabarit, bien au dessous de la moyenne, malgré son refus du biberon, Nina est en bonne forme, se développe normalement et se montre tonique. Pour le corps médical, il n'y a donc pas de problème. Les angoisses des parents ne sont pas entendues, pas prises au sérieux, pas reconnues : ils se sentent démunis, perdus. Bien sûr, ils ont testé toutes les marques de lait existantes sur le marché, mais rien n'y fait. Ils n'en dorment plus et ont perdu toute énergie. Heureusement pour Juliette, ils ne lui font aucun reproche, et pourtant … Comment annoncer chaque soir à la jeune maman pleine d'espoir que sa fille n'a rien pris de la journée ?
Juliette se sent coupable de ne pas arriver à nourrir le bébé.

 

« Valentin ne veut pas dormir ! »
C'est un beau bébé qu'accueille Manon depuis peu. Lors du premier entretien, les parents lui ont fait part d'un petit soucis : le sommeil. Mais c'est en bonne voie. Ils consultent. Ils sont confiants : lorsque l'accueil commencera, ce petit problème sera résolu. Manon s'est donc préparée à accueillir un bébé qui dort peu. Elle a réaménagé ses chambres, de sorte que le petit dormeur ait un espace bien à lui, et ne dérange pas les autres enfants en se réveillant. Mais lui aurait-on dit toute la vérité, se demande-t-elle rapidement ? Car non seulement Valentin ne dort pas du tout, mais en plus, il hurle dès qu'il est question de sieste. D'angoisse ? De colère ? Si d'aventure, Valentin parvient à s'endormir, par épuisement ou par inadvertance, il hurle en se réveillant. Manon est désemparée car elle sait toute l'importance du sommeil pour le cerveau en développement du bébé. Les transmissions du soir deviennent rapidement une épreuve. A la question « comment s'est passée la journée ? » elle répond toujours de manière positive, mettant en avant tous les bons moments passés ensemble, tous les progrès accomplis … « et la sieste ? » Pas de sieste. Et beaucoup de cris. Le visage de Maman se décompose. « Il faudrait qu'il dorme ». Manon se sent envahie d'un sentiment d'impuissance : elle est assistante maternelle, pas magicienne ! Son travail consiste à proposer un environnement le plus propice possible au développement harmonieux des enfants.
Manon se sent coupable de ne pas arriver à faire dormir le bébé.

 

« Damien tape tout le monde ! »
Nadège accueille depuis peu Damien, un petit de un an. Ses parents se montrent ouverts et honnêtes avec elle : sa nounou a démissionné car elle ne le supportait plus. Pourtant c'est un enfant agréable, souriant et joueur. Certes, il a bien la main un peu leste … En réalité, il tape tout le monde et accueille ses nouveaux copains avec de jolis sourires et à coup de grandes claques. Nadège est perplexe. Il frappe également ses parents qui lui disent que ce n'est pas bien, en lui souriant. Elle soupçonne que le problème tient à  cette attitude ambiguë. Taper, c'est interdit, ce qui ne semble pas être une évidence pour ces parents. Elle va tenter de l'expliquer à Damien, qui, par réflexe, lève également la main sur elle, toujours avec son joli sourire. Les mois passant, la situation empire. Toutes les sorties deviennent rapidement un calvaire : Nadège constate avec tristesse qu'à l'aire de jeux, on le surnomme « la terreur », qu'au Ram, il est redouté. Dès qu'il s'approche des autres enfants, les cris et les pleurs ne se font guère attendre. Son sourire angélique finit par mettre Nadège mal à l'aise. « Dès qu'il parlera, il arrêtera de taper », c'est le leitmotiv de Maman à chaque fois que Nadège se tourne vers elle pour tenter de discuter du problème. Depuis qu'elle accueille Damien, elle se sent incompétente et impuissante.
Nadège se sent coupable de ne pas arriver à comprendre et à juguler les gestes violents de Damien.

 

Les assistantes maternelles sont en contact direct et quotidien avec de jeunes parents tâtonnant et balbutiant dans l'apprentissage de leur nouveau "métier". Ils déposent tous les matins, en même temps que leur bébé et le sac à langer, tous leurs soucis et leurs angoisses à notre porte : nous recevons en plein cœur, sinon en pleine tête, et sans filtre, toutes ces émotions. Accentués parfois par la fatigue, les mots peuvent sortir brutalement et faire des dégâts. Les reproches plus ou moins voilés nous mettent dans des situations difficiles. Seules, sans formation diplômante sur laquelle nous appuyer, nous devons trouver en nous-mêmes toute la ressource nécessaire pour continuer, jour après jour, notre métier, et ce quelles que soient les situations auxquelles nous sommes confrontées. Pourquoi les assistantes maternelles ne sont-elles pas intégrées à des réseaux de professionnels ? Pourquoi ne pouvons-nous pas solliciter l'intervention chez nous d'une diététicienne, d'une psychomotricienne, d'une orthophoniste, ou autres spécialistes qui nous guideraient et nous épauleraient face à des situations qui, parfois, nous dépassent ?

Françoise Näser

Une vraie vie de nounou,

toujours en librairie

et

sur les sites

de vente en ligne,

12€

 

 

 

 

illustrations :
- www.futura-sciences.com
- www.magicmaman.com
- www.éducation-enfant.com


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Par bbjyb le 02.11.2015


Ho oui ça serait génial de pouvoir appuyer nos dires par des professions telles que vous les décrivez. ....effectivement un jour peut-être. ....merci

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 02.11.2015


Pour nous qui sommes en première ligne, en contact direct et quotidien avec les parents, il me semblerait effectivement indispensable d'être intégrées à des réseaux professionnels.

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