Publié le 31.08.2014 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 03.09.2014

Chronique de Septembre 2014

 

L'aventure a commencé lorsque Laurence Rameau, directrice de la rédaction d'Assistantes Maternelles magazine m'a demandé d'écrire tous les mois, un petit texte qui illustrerait notre quotidien professionnel. Les problématiques à aborder, les histoires vraies à rapporter, les anecdotes à raconter, sont si nombreuses que le challenge me paraissait tout à fait jouable. D'autant que j'aime écrire. Un petit texte de  5000 caractères à écrire tous les mois ? Je me suis lancée en Septembre 2012, avec la parution dans le magazine n°93, dans la rubrique "Histoire d'assmat", en page 14 de « Le blues des fins de contrat »  

Le blues, nous l'avons souvent à cette époque de l'année, où les plus grands de nos petits nous quittent pour la grande aventure de l'école maternelle. Nous avons tant partagé avec ces familles, leurs doutes, leurs questionnements, leurs craintes et surtout leurs joies : les premiers pas, les premiers mots, les premières colères, toutes ces premières fois où nous avons été spectatrices de leur histoire familiale. Beaucoup de souvenirs fixés sur des photos et qui nous font parfois sourire d'émotion ou qui nous soutirent aussi parfois quelques larmes : « tu te souviens quand ... »

Mais mon blues à moi, en ce septembre 2012 était d'une autre sorte. Car fin de contrat veut aussi dire toute sorte de papiers à mettre à jour, de sommes plus ou moins importantes à réclamer à des parents dont le regard porte déjà sur l'avenir, l'école, gratuite, et qui sont ravis, soyons honnêtes, d'en avoir terminé avec leur rôle d'employeurs. La plupart du temps, ils nous ont fait confiance les yeux fermés, ils nous ont laissé calculer la mensualité, les congés payés, et pour certaines d'entre nous, ils nous ont même laissé faire les fiches de paie.

Mais voilà le papa d'Hugo très inquiet, après des années d'accueil sans problème, angoissé qu'il est par cette fameuse indemnité de rupture de contrat ! Il en a parlé à ses collègues, il a regardé sur internet, et il s'attend à devoir me faire un chèque royal.
« Nous avons pris rendez-vous pour vendredi soir : j'ai rempli les fameux papiers, calculé ce qu'il y avait à calculer, mis toutes les références en parfaite transparence. Seule la somme finale importe à Papa qui est visiblement impatient de découvrir ce que toute cette histoire va lui coûter. »

 

J'ai commencé l'accueil d'Hugo à 8 mois. Un âge vraiment délicat où les enfants craignent tout particulièrement la séparation. Un âge où ils s'effraient de chaque nouveau visage. Hugo avait été gardé depuis sa naissance par ses grands-parents qui l'adoraient : la perle de leurs yeux, ce beau petit ange blond aux boucles parfaites, et Mamie était inconsolable. Hugo avait été choyé, le moindre de ses désirs exaucé avant même qu'il ait eu besoin de le formuler, le plus petit de ses besoins satisfaits dans la seconde. Mais Maman avait tranché : il était temps qu'Hugo connaisse le monde !

Et voilà donc Hugo « parachuté » chez une parfaite inconnue. Adaptation difficile, d'autant qu'il voit très peu ses parents, très pris par leur travail. Maman est très souvent de garde la nuit, ou le week-end, et profite de chaque occasion pour partir en formation, parfois à l'autre bout de la France. Maman adore son travail. Papa a moins de contraintes professionnelles, mais une vie sociale bien remplie. Hugo crie beaucoup, semble parfois inconsolable et se réfugie volontiers dans le sommeil. Je tente plus d'une fois d’alerter ses parents sur une situation qui me semble difficile pour leur enfant. De quel droit ? Simple assistante maternelle, quelle est ma légitimité ?

C'était un accueil difficile, avouons-le, de ceux qui vous marquent et dont on se souvient des années après. Ces jeunes parents, si reconnus dans leur métier, si valorisés socialement, entourés de nombreux amis, et si maladroits avec leur propre petit, si désarmés face à ses réactions d'enfant, si surpris de le voir faire des colères alors qu'il a tout : une chambre digne d'un magasin de jouets. Mais des parents toujours absents. La plus attentionnée des nounous peut-elle combler ce grand vide ?

Finalement nous arrivons au bout de notre parcours commun. Pour moi, le chemin a été long, je l'admets … Pour Hugo, j'ai préparé un petit cadeau comme pour tous les enfants qui me quittent : il reçoit son jeu préféré et mon stylo quatre couleurs, objet de toutes ses envies depuis toujours. Il emporte aussi la petite peluche qui a accompagné son sommeil durant des années. Ses parents semblent surpris : savaient-ils seulement qu'Hugo s'était choisi un doudou chez moi et s'y était attaché ?

Nos comptes d'apothicaire sont terminés, et Papa est visiblement très soulagé. Cette indemnité de rupture de contrat ne pèsera pas trop sur son budget finalement ...  Il me parle de leurs vacances : ils ont loué une belle villa sur la Côte d'Azur. Ils espèrent du beau temps pour pouvoir profiter de la plage. « Papa sort son chéquier et dit : " Pour tous les services que vous nous avez rendus, je vais vous arrondir cette somme " C'est gentil, ça ! Huit cents. Papa arrondit la prime de licenciement de huit cents. J'hésite à éclater de rire … Ou les lui rendre, peut-être ? Parce que ça risque de leur manquer : les vacances sur la Côtes d'Azur, c'est cher non ? »

 

Je remercie Laurence Rameau d'avoir vu en moi une auteure, alors que je n'y avais jamais pensé moi-même, en me proposant d'écrire « une vraie vie de nounou », en m'ayant conseillée et soutenue durant toute la période où j'ai écrit ce livre. Sa relecture bienveillante m'a guidée.
Je la remercie également d'avoir publié mes « Histoires d'assmat » pendant plusieurs mois. Mes chroniques qui n'ont pas paru dans le magazine, sont sur mon blog. Deux ans : voici ma 25ème chronique, toutes des histoires vraies, bien que parfois improbables, voire invraisemblables, mais qui racontent pourtant notre vie.

 

 

 

                                 Merci à vous de prendre chaque mois, quelques instants pour me lire !

 

 

toujours en librairie ou sur les sites de vente en ligne (12€)

 

 

 


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Par Coco le 19.09.2014


stp, avant de publier, j'aurais dû me relire, y'a des fautes d'accord ! Grrrrrr (la place qu'elle t'a donnnéE + méritEE) Rrrroh Coco c'est pooo bien ! ;-)

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 23.09.2014


on en fait tous (vive les correcteurs d'orthographe !)

Par Coco le 19.09.2014


Un si joli parcours, une si belle reconnaissance professionnelle ... oooohhh (soupire) s'il pouvait y avoir "des Laurence Rameau" dans nos CG, nos PMI et notre gouvernement, nous serions tellement considérées et estimées ! Cette dame a reconnu en toi notre porte-parole dans tous les domaines graves, humouristiques, originaux de notre beau métier ! La place qu'elle t'a donné est bien méritées ma chère Françoise ! ...et je remercie Laurence Rameau de t'avoir ouvert la voie de l'écriture sans quoi je ne t'aurais jamais connue, Françoise, et par ton lien, ne me serais jamais retrouvée avec autant de collègues devenues amies, copines et complices ! Merci à toi meine liebe Françoise ! <3 <3 <3 Deine Coco

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 23.09.2014


C'est vrai que c'est une belle personne !

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