Douce France

Publié le 14.03.2017 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 15.03.2017

Ma chronique de Mars 2017 :

Notre pays est vraiment magnifique : de belles chaînes montagneuses, des milliers de kilomètres de littoral, des paysages majestueux, des monuments prestigieux, un patrimoine et des terroirs qu’on nous envie à l’étranger. Nous sommes fiers de notre beau pays, de la diversités de ses contrés, de ses grandes villes bouillonnantes de vie, de ses villages pittoresques. De ses Dom-Tom aussi, petit bouts de France outre-mer, éloignés sous d’autres latitudes plus ensoleillées.

Pour des Parisiens fatigués de la pollution, du stress de la grande ville et de la surpopulation, vivre en province peut devenir un rêve. Faire construire, acheter une maison, élever ses enfants plus sereinement, tous ces arguments pèsent leur poids. C’est le cas de la famille de Céline, assistante maternelle depuis de longues années : déménager dans ce département idéalement situé représentait pour cette famille un nouveau départ. Pourtant, il est un point que Céline et les siens n’avaient peut-être pas envisagé. Un tout petit détail qui ne posait pas de problème à Paris mais qui, dans cette ville moyenne de province, se révèle tout à coup délicat. Un tout petit rien qui fait que la famille de Céline ne passe pas du tout inaperçue ! Dans la rue, on se retourne sur eux, et lorsqu’elle se promène seule avec ses enfants, on lui demande parfois « ils sont mignons, ces enfants : vous les avez adoptés ? ». Car la famille de Céline se décline sur différentes nuances de peau. Du noir au blanc, ce couple mixte attire les regards : la couleur des enfants, métis, provoque des questions, plus ou moins bienveillantes. A l’école, ceux-ci doivent s’habituer peu à peu aux remarques racistes, et même aux insultes. Quant à Céline, après plusieurs refus de parents choqués par la couleur de peau de son mari, antillais, elle a pris l’habitude de cacher sa famille lors des entretiens. Douce France ! Comment cela est-il possible dans notre beau pays ?

Nina est assistante maternelle depuis un an : pour elle aussi, le choc a été rude en arrivant dans cette petite ville. Garde à domicile durant plusieurs années dans les quartiers chics de Paris, sa couleur de peau et la mixité de son couple n’avaient jamais posé de problème auparavant. Pourtant, ici, dès le début, on avait été très clair : il lui serait difficile, voire impossible de retrouver du travail. L’assistante sociale qu’elle contacte pour lui signaler la précarité de sa situation la reçoit entre deux portes, la poussant rapidement vers la sortie, en la renvoyant à sa situation de femme mariée, flairant même une possible « arnaque ». A la formation d’assistante maternelle  elle était  « la seule black du groupe » et l’hostilité des autres stagiaires manifeste. Depuis un an qu’elle avait obtenu l’agrément, son accent au téléphone avait découragé plusieurs parents, et ceux qui étaient venus en rendez-vous n’avaient pas donné suite. Elle n’en dormait plus la nuit, le stress la gagnait, la solitude et l’isolement lui faisant même craindre une dépression. L’animatrice du Ram, plus ou moins consciente de sa situation, l’encourage à fréquenter le Ram, même sans enfant, afin de nouer contact avec ses collègues, mais là encore l’hostilité est palpable et les remarques déplacées courantes. Que dire des commerces où elle ose à peine entrer par crainte de réflexions à caractères racistes, de regards en biais, de soupçons à peine dissimulés donnant lieu à une surveillance rapprochée : « qu’est-ce que vous voulez ? Faut rien toucher, hein ! ». Nina regrette les Champs Élysées et ses jolies boutiques où elle aimait flâner sans se sentir discriminée.

Issues d’une « minorité visible », les familles de Céline et de Nina  sont donc amenées à accepter des contrats dont leurs collègues ne veulent pas. Ainsi Céline a accueilli un enfant de confession israélite dont le régime alimentaire semblait beaucoup trop contraignant aux assistantes maternelles de son secteur : elle n’a vu pourtant aucun soucis à respecter les consignes de ses parents. Cette mixité culturelle et religieuse lui semble apporter un plus à l’accueil, une expérience qu’elle juge enrichissante. Quant à Nina, l’unique petit contrat qu’elle a décroché depuis un an concerne un enfant métis. Et que dire de l’appel de ce papa chez toutes les collègues du quartier cherchant « une nounou 100 % française et catholique » ? Ni Céline ni Nina ne souhaitent répondre à cette demande… Que faire, se demande cette dernière, désabusée ? Renoncer ? Quitter cette petite ville pour une agglomération où on ne se retournerait pas sur son passage ? Nous sommes fiers de notre beau pays et de ses valeurs républicaines, de la richesse de son multi-culturalisme, de son humanisme : liberté, égalité, fraternité. Concernant la fraternité, bien sûr, il semblerait qu’elle soit tout de même à géométrie variable suivant les régions, les lieux et les couleurs de peau. Douce France ! Comment cela est-il possible dans notre beau pays ?
Françoise Näser

nb : Code du travail Article L1132-1 Modifié par LOI n°2017-256 du 28 février 2017 - art. 70
"Aucun salarié ou agent public ne peut être discriminé au travail en matière d'embauche, de formation, de salaire.... Il peut s'agir de discrimination raciste, sexiste, homophobe, par l'âge ou selon l'état de santé. Les discriminations pour les opinions politiques ou syndicales sont également interdites."
 

 

 

Pour en savoir plus sur le monde des assistantes maternelles :

        

 

illustrations :

- grisou.centerblog.net
- spititualite-sagesse-blogspot.fr
- www.paperblog.fr


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