Eden, une assmat en micro-crèche

Publié le 10.12.2017 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 17.12.2017

Chronique de novembre 2017

Éden contient l’enfant qui hurle et se débat. Elle lui parle doucement, lui murmure que tout va bien se passer, que cette grosse colère qui l’envahit et le dépasse va bientôt se terminer. Elle le maintient fermement, accroupie derrière lui, le tenant serré contre son ventre, presque en position fœtale et peu à peu, l’enfant hors de contrôle il y a encore quelques minutes s’apaise, se détend et finit par se calmer. Le silence se fait dans la grande salle de la structure. Tous les adultes de la micro-crèche où travaille Éden, et tous les enfants qui ont assisté à la scène, sont impressionnés : cette technique, c’est l’une des compétences qu’Éden a acquise dans la première micro-crèche où elle a travaillé en tant qu’assistante maternelle pendant plusieurs années, une structure intercommunale dont la directrice, qui gérait 4 établissements dans le secteur, était éducatrice de jeunes enfants. 11 enfants y étaient alors inscrits, mais c’était plutôt aux 8 à 10 enfants présents dans la journée que se consacraient Éden et ses collègues, 2 auxiliaires de puériculture et une autre assistante maternelle. Ce travail d’équipe, cette organisation bien rodée, rythmée par le quotidien d’une structure, les nouvelles compétences acquises auprès de ses collègues, les réunions de travail une fois par mois, tout cela plaît à Éden qui est également ravie de ne plus se sentir seule, chez elle, parfois démunie face aux demandes des parents ou au comportement des enfants. Même en fréquentant régulièrement son Ram, le sentiment de solitude inhérent à notre profession restait très présent.

 

À la crèche, la journée commence très tôt pour l’équipe du matin et c’est dès 6:45h que le gros du ménage doit être fait, puis l’installation des jouets, et les premiers préparatifs en cuisine, avec tout un protocole d’hygiène à respecter comme par exemple la prise de température des barquettes-repas livrées par une entreprise locale. Tout doit être fin prêt lorsque les portes s’ouvrent et que les premiers parents arrivent pour déposer leur tout-petit. Éden apprécie le travail en binôme pour organiser les différents ateliers : les enfants sont alors répartis en groupes qui à la peinture, qui à la lecture d’albums, qui aux activités de transvasement. Elle apprécie également de travailler dans une structure à taille humaine où l’on peut respecter le rythme des enfants, en particulier le rythme de sommeil. Il n’est pas rare qu’un petit ne soit pas encore réveillé de sa sieste du matin au moment du repas et se trouve en décalage par rapport aux autres. En structure, l’hygiène doit être plus importante qu’à la maison, et Éden a aussi appris à tester la température du repas au creux de son bras là où la peau est la plus sensible, sans souffler sur la cuillère ni la porter aux lèvres. Dans le dortoir des grands, la présence d’un adulte est toujours requise car les enfants peuvent se lever seuls des couchettes au sol et se retrouver livrés à eux-mêmes. Dans le dortoir des bébés, les lits à barreaux en hauteur permettent de calmer les pleurs d’un tout-petit d’une caresse sur le dos ou d’un petit bercement. Une douce musique les accompagne dans leurs rêves. Toutes les dix minutes, le sommeil des enfants est contrôlé et l’heure est notée sur une fiche.

 

Dans la deuxième micro-chèche où Éden a  travaillé, l’accueil de ses nouvelles collègues lui a fait chaud au cœur : « que tu sois assmat, auxiliaire de puériculture ou éducatrice de jeunes enfants, c’est pareil : on fait toutes le même boulot avec les enfants ! », car précédemment, elle avait pu souffrir  d’être constamment rappelée à l’ordre sur son absence de diplôme. Et effectivement, Éden estime qu’elles ont beaucoup à s’apporter les unes aux autres et peuvent se nourrir de l’expérience de chacune. Si on a pu un temps lui reprocher d’être trop maternelle avec les enfants, ici, c’est différent. Dans la troisième structure où Éden a travaillé, la personnalité de la directrice, elle-même ancienne assistante maternelle, puis auxiliaire de puériculture, puis EJE, fait  sans doute toute la différence. Celle-là même qui déclare : « Je ne souhaite pas que mon enfant aille en crèche ! » et qui a préféré opter pour l’accueil individuel. Car si tout est pensé pour le bien-être des enfants dans cette micro-crèche, certaines conditions, comme l’absence d’espace extérieur et de possibilité de sortie, restent pesantes au quotidien, surtout en été, lors de périodes de canicule. Et même si le rythme des enfants y est respecté autant que faire se peut, l’effet de groupe, le bruit permanent, les contraintes de la  collectivité peuvent finir par peser à de si jeunes enfants. Dans la première micro-crèche où Éden a travaillé, certaines collègues habituées au rythme effréné des grandes structures, stressées par des années de pratique sans remise en question des gestes accomplis auprès des enfants, sans recul par rapport à leurs habitudes de fonctionnement, ont pu faire preuve, parfois, de manque de patience avec les tout-petits. Éden a pu être choquée de certaines scènes auxquelles elle a assisté, de paroles inadaptées et même de gestes de « douce-violence » (1), frisant la maltraitance, sans intervention de la direction, et ce, malgré de fréquentes alertes. Pour elle, si le travail d’équipe reste malgré tout très enrichissant, les limites en sont aussi très claires et parfois douloureuses.
Françoise Näser

 

          

 

(1) Schuhl Christine, Vivre en crèche, remédier aux douces violences, éditions Chronique Sociale 2013

 

 


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