L'accident

Publié le 28.09.2016 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 19.10.2016

Ma chronique d'Octobre 2016 :

Magalie est blessée.
Sa tête était partie violemment en arrière, si violemment qu'elle en avait perdu connaissance quelques secondes.
Le coup du lapin, lui  précisera-t-on même à l'hôpital. Bien sûr, elle ne l'avait constaté qu' après, car sur le moment, c'était juste le trou noir. 
La douleur, insupportable, sourde et lancinante à la fois, n'était venue que bien plus tard, une fois revenue à elle.
Après que la conscience de ce qui venait réellement de se passer ne se fasse doucement dans son esprit :
elle a eu un accident.

 

Les assistantes maternelles veillent avec un soin tout particulier à éviter les multiples dangers potentiels lors de l'accueil des enfants. Nous avons même une obligation de résultat en matière de sécurité qui nous rend automatiquement légalement responsable si un enfant se blesse chez nous. C'est aussi pourquoi nous veillons à trouver la meilleure assurance professionnelle. Un accident est si vite arrivé ! Les enfants en plein apprentissage de la vie prennent parfois des risques et c'est aux adultes à éviter autant que faire se peut qu'ils ne se blessent. Mais comment imaginer la situation inverse ? Comment imaginer que ce soit l'enfant qui  puisse infliger une blessure à un adulte ? Juste inconcevable.

En cette fin d'après-midi tranquille, Magalie, assise au sol, un enfant de trois ans sur les genoux, joue avec les petits. Elle aime ces moments calmes, ces moments de partage : son intérieur est aménagé de sorte que la pièce dédiée entièrement à l'accueil des enfants est chaleureuse et colorée. On s'y sent bien. La petite Sophie, 18 mois, n'arrête pas de courir et de faire des allers-retours entre la porte et elle. Puis tout à coup, prise par son propre élan, elle percute violemment le visage de Magalie au niveau de la mâchoire. Lorsque celle-ci reprend conscience, son premier réflexe est de vérifier que l'enfant n'a rien : non, aucune trace visible sur le crâne de la petite qui n'a pas l'air de souffrir. Elle, par contre, a bien eu l'impression de sentir ses dents bouger !

Cette première soirée et cette première nuit après l'accident, Magalie prend antalgiques sur antalgiques. La douleur est juste insupportable. Que faire ? Son dentiste est fermé en cette fin de semaine et finalement, peut-être n'est-ce pas grand chose. Peut-être que, demain, tout sera oublié et qu'elle ira mieux. Elle a bien sûr noté l'incident dans le cahier de liaison de Sophie et a expliqué à sa maman que la tête de la petite était venue heurter violemment sa mâchoire. Elle avait alors senti la maman se raidir : de quoi accusait-on sa fille, exactement ? Son assistante maternelle ne porte aucune marque visible, sa fille non plus. L’empathie n'est pas son fort et elle imagine qu'on risque peut-être de lui réclamer des dommages.

Le lendemain matin, Magalie décide malgré ses souffrances d'accueillir normalement les enfants pour ne pas mettre ses employeurs dans l’embarras. Elle devrait sans doute courir aux urgences, toutes affaires cessantes, elle devrait consulter, elle devrait s'occuper de sa santé … Pourtant, elle prend sur elle et c'est au Ram qu'elle se rend avec les 4 petits, comme prévu. Ses collègues constatent son état avec horreur : la joue enfle, les premiers bleus commencent à apparaître et l'état général de Magalie les inquiète. Il faut absolument qu'elle voie un médecin, qu'elle fasse des radios, un scanner même peut-être. C'est sans doute bien plus grave que tout ce que Magalie aurait pu imaginer. Sonnée, elle n'arrive même plus à différencier les douleurs à la nuque de celles à la mâchoire !

Dans notre métier, la notion d'accident du travail reste méconnue. Qui connaît en effet la marche à suivre, qui sait quels éléments seront décisifs pour la suite ? Nous faisons bien souvent passer notre métier avant notre santé, notre disponibilité envers nos employeurs avant notre propre intérêt. Or là, dans la situation de Magalie, c'est cela qui va précisément jouer contre elle ! Les délais d'attente entre l'accident et les premiers examens, l'absence de témoins, l'arrêt maladie trop tardif, la déclaration d'accident du parent-employeur qui minimise l'incident et refuse de faire porter la responsabilité à sa fille, des examens aux urgences incomplets qui ne prennent pas en compte tous les éléments : le trauma facial et les lésions dentaires seront pleinement reconnus, les douleurs à la nuque « oubliées ».

A la souffrance qui perdure malgré la morphine, aux arrêts maladies à répétition, aux séances de kiné et d'ostéopathie, aux cancans et aux rumeurs du village, aux soucis financiers et aux harcèlements du parent-employeur qui la dénigre,  Magalie voit maintenant s'ajouter un litige avec la CPAM. Ils ont égaré une première fois son dossier et lui reprochent maintenant des pièces manquantes. Magalie qui ne dort plus depuis des semaines, a les cervicales bloquées et peine à ouvrir la bouche ; le médecin conseil constate bel et bien son état, mais pointe les points faibles et les carences du dossier, et remet même en cause l'origine du trauma dans son rapport final : « Les lésions constatées ne sont pas imputables à l'accident du travail. » Sidération. Malgré la fatigue, la douleur et l'angoisse, il faut encore batailler, faire appel, écrire des courriers, se justifier, expliquer sa situation à n'en plus finir, rencontrer l'expert des accidents du travail : elle trouve un peu d'aide auprès de son syndicat, mais se sent si seule et si démunie. « Vous n'êtes pas prêt de retravailler !» lui assène le médecin pour finir.
Françoise Näser

Conseils en cas d'accident durant l'accueil des enfants :
- prévenir immédiatement tous les parents pour qu'ils viennent chercher leur enfant.
- expliquer au parent-employeur concerné les circonstances de l'accident afin qu'il puisse faire une déclaration détaillée et sans zones d'ombre. Dans l'idéal, en cas de litige, fournir un témoignage (travaillant seules chez nous, c'est souvent là que le bât blesse : cela peut être notre parole contre celle de notre employeur)
- consulter sans tarder (au besoin, appeler le samu et ne pas se rendre soi-même aux urgences si on n'est pas en état de conduire), en expliquant que même si cela peut ressembler à un accident domestique, le fait d'être assistante maternelle travaillant chez soi, le qualifie automatiquement d'accident du travail,
- et veiller à ce que toutes les pièces du futur dossier CPAM aillent bien dans ce sens (au besoin demander à consulter son dossier pour vérifier)
- envoyer tous les documents en RAR et les agrafer ensemble pour éviter les "pertes" ...
- noter le nom des interlocuteurs à la CPAM (la date et l'heure des échanges) afin de pouvoir les recontacter ou s'y référer en cas de litige.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

illustration :
moonathluniversdesmots.worldepress.com


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Par Hln74 le 19.10.2016


Bonjour,
Je suis tombée par hasard sur cet article et je suis la maman de ILOHA alias SOPHIE dans cette chronique et j'estime donc avoir un droit de réponse car je me suis reconnue enfin reconnu la nounou et ma fille dans cette histoire bien que les prénoms aient été changé!
Je ne remets pas en cause le fait que le coup INVOLONTAIRE de ma fille sur la nounou lui ai fais mal!
J'ai pris régulièrement des nouvelles de la nounou (ce qui n'est pas le cas en sens contraire).
Tous les papiers ont été fais en temps et en heure ce qui n'est pas si simple en tant que parent employeur. En effet nous ne sommes pas alerté de la manière de faire et des papiers à remplir (nombreux). La CPAM m'a demandé de faire un récit de ce qui s'était passé ce que j'ai fais avec les dires de la nounou, une déclaration d'accident de travail a été faite sur demande de la nounou (un dimanche matin).
Comment penser qu'un coup de tête d'une enfant de 18 mois puisse causer autant de lésions pire qu'un coup assené par un adulte ou un accident de voiture.
A ce jour je n'ai eu aucun retour du dentiste et le scan et les radiographies n'ont fais part d'aucune lésion (dixit la nounou).
Nous en sommes à plus de 6 mois d'arrêt de travail...
Alors je respecte votre métier pas toujours simple je l'accorde faire face à des enfants tous les jours au caractères différents.
Sachez que je fais preuve d'empathie au quotidien face à des clients tous différents que je rencontre au sein de mon travail.
Il n'est pas évident pour nous parents de faire face aussi aux arrêts de travail inopinés. Il faut trouver en urgences une nouvelle nounou à laquelle ont ne laisse pas le choix à notre enfant de s'y habituer.. Par chance pour moi tout se passe bien.
Sachez que je respecte pleinement votre métier et que vous nous rendez bien service à nous parents sans vous on serait bien embêtés et sans nous vous ne pourriez exercer ce métier que vous avez choisi...
Vous faites souvent passer l'interêt de nos enfants avant tout. Comme tout employeur nous vous faisons confiance encore plus car nous vous confions ce qui est de plus chers à nos yeux.
Bien Cordialement.

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 19.10.2016


Je vous remercie, Madame, pour votre retour.
Ce drame a été douloureux pour tout le monde comme vous nous l'expliquez si bien. En ce qui me concerne, à part l'empathie bien naturelle concernant les souffrances de ma collègue, mon objectif était surtout d'attirer l'attention sur la démarche à suivre en cas d'accident du travail et sur la problématique liée aux litiges avec la CPAM, car nous n'en sommes absolument pas informées. Personne, ni en formation, ni au niveau de la PMI, ne nous informe sur la marche à suivre en cas d'accident. Nous sommes alors entièrement seules face aux assurances, tout comme nos parents-employeurs aussi démunis que nous. C'était donc l'objectif de cette chronique.
Je suis heureuse de lire que pour vous et votre fille, tout va bien. J'espère également que notre collègue se sortira un jour des immenses souffrances qu'elle endure au quotidien.
Bien cordialement,
Françoise

Par Coco le 06.10.2016


Merci Françoise pour cette piqûre de rappel d'une situation qu'aucune d'entre nous n'est prête à envisager ! En effet, on pense toujours à ce qui pourrait arriver à l'enfant, mais nous alors ? Entre l'emploi précaire, les trop perçus de pôle emploi, le prélèvement d'impôt à la source qui nous pend au nez ... il ne manquerait plus que ça "pour nous achever" ! :/ Mais bon, restons dans la positive attitude "vigilante" :)

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 09.10.2016


Personne ne souhaite se retrouver dans cette situation, c'est vrai ... Toute notre solidarité avec cette collègue. Amitiés

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