"Le gang des nounous"

Publié le 28.02.2016 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 13.04.2016

Chronique de Mars 2016 :

A la sortie des écoles, au parc, à l'aire de jeux, au bac à sable, au square du quartier, les assistantes maternelles se regroupent tout naturellement : ces moments sont importants pour les enfants, et aussi pour les professionnelles qui peuvent échanger sur leur difficultés, s'entraider et se soutenir. Mais nous ne sommes pas seules à partager l'espace public : quel regard porte-t-on alors parfois sur nous ?

Elles sont arrivées, elles sont toutes là ! Dès les premiers rayons de soleil, les Mercedes, les Cadillacs, les Rolls sont de sortie : elles arrivent toutes pimpantes et rutilantes. On trouve de tout, du modèle haut de gamme hors de prix au modèle d'occasion moins impressionnant. Les petites poussettes canne, les basiques poussettes à deux places, les originales à trois places, et les énormes poussettes à quatre places. Ces dernières font sensation ! On admire les carrosseries, les revêtements, les accessoires : on teste la maniabilité, la marche arrière et les virages. Aucun doute, dans ce joli parc, à l'aire de jeux près du grand bac à sable, dès les premiers beaux jours, le matin, elles sont toutes là, toutes les nounous du quartier.

L'hiver a été plus ou moins long : on s'est entrevu de loin peut-être, croisé au Ram, à la ludothèque ou à la bibliothèque. On a échangé quelques nouvelles des unes et des autres, celles qui ont pris leur retraite car notre profession est vieillissante, comme chacun sait, celles qui ont arrêté leur activité car la réalité du métier ne correspondait pas à ce qu'elles avaient imaginé, celles qui ont déménagé et dont on n'entendra sans doute plus parler. De nouvelles recrues sont arrivées aussi, fraîchement agréées et sorties nouvellement de formation : elles tentent de trouver leurs marques entre théorie et pratique. Vont-elles oser se rapprocher des « anciennes » dont elles admirent la maîtrise du métier et dont elles critiquent, dans un même élan, les méthodes de travail ? Celles qui sont nounous depuis 20 ou 30 ans, celles qui ont déjà tout vu et tout entendu ...

Après quelques semaines sans se voir, les retrouvailles sont agréables et assez bruyantes : on s'interpelle, on s'apostrophe d'un bout à l'autre de l'aire de jeux. Les Petits aussi ont bien changé : celui-ci, comme il a grandi ! Il marche maintenant d'un pas mal assuré, tout chancelant et hésitant. Quant à son voisin, il parle comme un moulin et raconte sa vie à qui veut l'entendre. Une petite fille est couverte de boutons rouges : la varicelle. Cela donne lieu à un échange assez vif entre plusieurs collègues qui se plaignent haut et fort des parents qui leur confient les enfants, même très malades, voire contagieux. Comme c'est compliqué ! Pour les parents qui doivent travailler, pour les professionnelles qui doivent faire des choix. « La gastro, n'en parlons pas ! » renchérit une autre, tandis que le ton monte encore un peu plus. Accepter l'enfant malade au risque de contaminer sa propre famille, les autres petits et leurs parents, ou bien refuser l'enfant jusqu'à total rétablissement, et mettre nos employeurs dans un embarras évident, surtout lorsqu'ils n'ont pas d'autre solution d'accueil sur place. Alors que faire ? Chacune a un avis différent, des arguments et contre-arguments,  comme souvent dans notre métier !

Alice, elle, est assise à l'autre bout de l'aire de jeux, sous l'ombre des grands arbres, où elle surveille Nina qui du haut de ses deux ans, maîtrise parfaitement l'utilisation du petit toboggan. De loin, elle entend ses collègues échanger, rire et se plaindre des parents, formant une belle cacophonie. « Elle est propre ? » lui demande brusquement une jeune maman dont le fils qui joue avec Nina semble avoir sensiblement le même âge. « Parce que ma belle-mère a dit que je devais impérativement commencer à le mettre sur le pot régulièrement, mais franchement, quelle perte de temps ! » Alice explique qu'effectivement, selon elle, il est préférable d'attendre que l'enfant montre des signes évidents d'intérêt pour les toilettes avant de tenter quoi que ce soit. Un échange sympathique s'installe entre les deux femmes qui parlent tour à tour de couches, de repas ou de siestes, tout ce qui fait leur quotidien. De temps en temps, elles jettent un coup d’œil au turbulent groupe des nounous …

La jeune maman semble intéressée par les remarques d'Alice qui se base sur ses années d'expérience et l'observation de dizaine de bébés. « Alors, vous faites comment finalement, pour la propreté ? » lui demande-t-elle. « Eh bien, avec les parents nous observons l’évolution de l'enfant, et lorsqu'il nous semble prêt, nous décidons ensemble de lui proposer d'enlever la couche. En général, si l'enfant est bien disposé, la propreté s’acquiert très vite. » La jeune maman semble indécise tout à coup, et d'avenante, elle devient légèrement suspicieuse : « Comment ça, avec les parents ? ». Alice est perplexe, elle aussi : l'aurait-elle prise pour la maman de Nina, ou plus probablement, pour sa mamie ? Et la maman d'ajouter froidement, en montrant de la tête le groupe de collègues d'Alice  : « vous ne faites tout de même pas partie du gang des nounous, si  ? ».
Françoise Näser

nb : Certaines ont pu se sentir froissées et stigmatisées par ce texte, comme par exemple, les collègues de mon quartier qui se sont senties personnellement visées ... L'utilisation du mot "gang" ("bande organisée de malfaiteurs", Larousse) est péjoratif et blessant pour des assistantes maternelles qui ne cherchent qu'à offrir la meilleure qualité d'accueil possible aux enfants qu'elles accueillent, en leur proposant par exemple des promenades quotidiennes.

Mon objectif, en écrivant des chroniques sur notre métier, n'est jamais de nuire ou d'offenser des collègues dont je prends régulièrement la défense sur mon blog. Je cherche tout au contraire à mettre en valeur un métier que j'aime, une profession merveilleuse et difficile tout à la fois. Ce texte-ci ne vise qu'à faire réfléchir sur la manière dont nous pouvons parfois être perçues.

 

Retrouvez-moi dans

Une vraie vie de nounou

12€

 

 

 

 

 

 

 

images :
- www.superbaby.fr
- www.dangerecole.blogspot.com
- http://www.les-supers-parents.com/
 


Laisser un commentaire ?

Par bbjyb le 01.03.2016


Ho oui ! Devant l école. ...c'est ça, tout à fait ça. ..mdr. merci encore pour ces chroniques. Brigitte

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 06.03.2016


Un peu d'autodérision et d'auto-critique sont salutaires, parfois....

Par lalaitou12 le 29.02.2016


coucou !!
excellent !! je commence ma semaine de reprise de vacances avec le sourire !!!! bien décodé le gang des nounous !! je dirais aussi qu'il peut se retrouver devant l'école !! et alors ,là !!!!! ça dégomme !!!
un peu de dérision, et de sourire !!
mirella

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 29.02.2016


merci Mirella :)

Vous n'êtes pas connectés !

Pour pouvoir vous connecter, veuillez vous connecter s'il vous plait

Se connecter a mon compte Créer un compte

Les catégories

Facebook

Les Dernières publications

Les derniers commentaires