motricité libre

Publié le 04.10.2015 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 04.10.2015

Chronique du mois d'Octobre 2015 :

 


Sur le tapis, Bébé pousse, pousse sur ses bras et, pour la première fois, remarque qu'il peut se soulever en pliant légèrement sur ses genoux. Quelle découverte ! C'est arrivé un peu par hasard, il faut bien l'avouer et il semble lui-même très surpris par son exploit. Depuis plusieurs jours déjà, il poussait sur ses bras, relevant la tête au maximum, le dos arqué. En décollant le haut de son corps du sol, et en prenant appui sur une seule main, il arrivait à atteindre avec bonheur les jeux placés sur les premières étagères : il avait ainsi découvert que certains jouets étaient plus lourds que prévus et pouvaient atterrir de manière douloureuse sur son visage. Mais cela n'avait en rien altéré son nouveau plaisir de découverte. Les revues et magazines sous la table basse d'Alice étaient dorénavant eux aussi à sa portée : que faire ? Passer son temps à dire « Stop, non, tu ne dois pas toucher aux affaires de Nounou ! » ou bien déplacer le "fruit défendu" le temps que Bébé passe à autre chose ? Alice préfère de loin sécuriser son environnement, afin de ne pas entraver l'esprit d'initiative de Bébé.

Un petit tour d'horizon s'impose : aucun câble susceptible de s'enrouler autour de son cou, aucun petit objet à sa portée qu'il pourrait porter en bouche, aucune prise électrique à découvert, aucun objet lourd qui pourrait le blesser, aucun chat qui laisserait dangereusement traîner sa queue ? Pratiquer la motricité libre implique logiquement de prévoir un terrain de jeu à la hauteur des ambitions du jeune cascadeur : or dans une maison, un lieu de vie familial où plusieurs générations se côtoient, c'est bien plus compliqué ! Les plus grands peuvent jouer aux Legos© (aïe, ça peut s'avaler ça …), d'autres enfilent des perles (activité dorénavant réservée aux temps de sieste de Bébé, dommage), d'autres encore ont laissé tomber un morceau de puzzle en bois (hum, goûteux!) qu'ils récupèrent mordillé et baveux. Alice quant à elle a ressorti son rouleau de papier-bulle et s'applique à entourer les arêtes des meubles avec, protégeant ainsi la tête du jeune aventurier, même si elle sait bien que sa famille et ses amis feront de nouveau des remarques humoristiques sur son sens de la déco !

 

Et Bébé reprend son entraînement, avec concentration et bonheur : on pousse sur les bras, on plie les genoux, et on balance légèrement d'avant en arrière pour tester la solidité de cette nouvelle position. Il y a des ratés, bien sûr ! Patatras, Bébé a tout lâché et se retrouve à plat ventre, le nez dans le tapis. C'est un peu douloureux : un coup d’œil vers Nounou. A-t-elle remarqué l’atterrissage pas tout à fait maîtrisé ? Il semble que oui ! Alice lui sourit avec bienveillance, et l'encourage du regard à persévérer. La présence active de l'adulte est indispensable à ce stade de la découverte : Alice est donc présente physiquement, pour pouvoir intervenir au moindre danger, mais aussi psychiquement pour que Bébé se sente entouré et soutenu dans ses efforts. Alice a déjà remarqué que ses « oh, super ! » ou bien « bravo, bravo ! » pourtant bien intentionnés, stoppaient net la concentration de Bébé, et elle s'efforce donc de se montrer plus réservée. Elle respecte ses efforts comme elle l'a déjà fait lorsqu'il est parvenu après tant d'essais à attraper pour la première fois un jouet dans sa petite main, ou bien lorsqu'il a magistralement réussi à se tourner du dos sur le ventre ! Toutes  ces immenses petites victoires ne sont pas passées inaperçues.


Alice a depuis peu mis son projet d'accueil par écrit : la motricité libre en fait partie, bien sûr, basée sur les principes d'Emmi Pikler (1). Il a fallu trouvé les mots pour expliquer à ses nouveaux parents-employeurs, ces jeunes parents qui débutent dans le difficile métier d'éducateur, toute l'importance de laisser à leur enfant le loisir de développer sa confiance en lui, d'explorer son propre corps, son environnement et ses limites , de tester ses propres compétences. C'est un projet sur le long terme dont le bénéfice n’apparaîtra que bien plus tard (2). Certes, d'autres bébés, des cousins peut-être, sont déjà assis à cet âge, mangent dans la chaise haute, jouent à des jeux d'encastrement … La question est légitime : « si je laisse mon bébé grandir et se développer à son rythme, ne va-t-il pas prendre du retard ? Ne dois-je pas au contraire le stimuler ? ». Apprendre à faire confiance à son enfant, ce n'est pas une mince affaire ! Un bébé que l'on aura laisser libre d'apprendre par lui-même à marcher à quatre pattes, à s'asseoir, à se lever et à marcher, aura également appris à se faire confiance, à trouver seul des solutions à ses problèmes, à développer son esprit d'initiative et même sa créativité. Et nous, les adultes autour de lui qui l'avons accompagné dans toutes ces découvertes, nous pourrons être fiers ( avec lui, et grâce à lui) du travail accompli !
Françoise Näser

illustrations:
1. www.lesfilleselectriques.com
2. image internet
3. www.guide-maman-bebe.com
4. cg94.fr (site du Conseil général du Val de Marne)

 

(1) voir l'association Pikler Loczy : www.pikler.fr
(2) "L’enfant développe son schéma corporel en fonction du développement de ses structures corporelles, perceptions, interactions avec l’environnement et intégrations sensorielles. Le schéma corporel a une influence importante sur le développement de plusieurs sphères de l’enfant soit au niveau psychosocial (émotions, image et estime de soi, personnalité, habiletés sociales), cognitif (compréhension des mots, lire, apprentissage, développement intellectuel), perceptif et sensori-moteur (position spatiale du corps, habiletés motrices, orientation et mouvements volontaires)" Witt Mitchell, 1997.

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Par sandrine33 le 09.10.2015


Bonjour Françoise,
Comme d'habitude ton article reflète notre quotidien.. devoir se justifier de notre mode d'accueil et surtout expliquer aux jeunes parents nos méthodes. Le plus difficile étant d'être prise au sérieux... et qu'ils considérent que nous sommes de vraies professionnelles !

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 15.10.2015


C'est vrai : nous devons toujours nous justifier. Justifier nos connaissances, notre professionnalisme, nos choix ...
Amitiés

Par bbjyb le 05.10.2015


Bjr, Françoise
Qu il est difficile de convaincre ces nouveaux parents du bien fait de la méthode Pickler. .....il y a 5ans ma fille AP m a initié à cette méthode, je lui ai fait confiance et c'est une méthode extraordinaire mais il a fallut laisser de côté tous ce que je savais et tous ce que je croyais efficace et repartir de zéro. Mais ce n est au final que du bonheur . Je vais partager votre article . Merci

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 05.10.2015


Les jeunes parents subissent beaucoup de pression : notre société pousse à la compétition, dans tous les domaines ! Or, laisser le temps aux enfants d'évoluer à leur rythme, cela demande de la confiance en soi (et en eux). Nous pouvons encourager les jeunes parents à se faire confiance et les soutenir dans cette démarche.
Amitiés

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