Publié le 25.10.2014 par ChroniqueAssmat :: Chronique littéraire :: Mise à jour le 08.11.2014

 

Un livre :
c'est un manifeste en faveur des enfants et de leurs accompagnants, les métiers de la petite enfance, visant à interpeller les pouvoirs publics, responsables des politiques familiales, sociales et éducatives, sur l'importance de créer enfin une filière de formation cohérente. C'est également un résumé des différents écrits parus sur ce sujets dans les magazines professionnels, ainsi que des interventions sur des colloques, dont celui de Montpellier le 1er Avril 2014.

Des auteurs :                                                                                                         
5 auteurs ont participé à cet ouvrage * :

 

Laurence Rameau explique le passage de la « garde à l'accueil » et l'importance de l'éducation du jeune enfant : « il faut aujourd'hui prendre conscience de tout le potentiel éducatif des professionnels d'accueil de la petite enfance de 0 à 6 ans, professionnels des crèches comme assistantes maternelles ou enseignants, pour promouvoir des réformes de formation conduisant à faire de ce temps d'accueil un véritable engagement éducatif [...]» page 15. Laurence Rameau développe également l'idée de sortir la petite enfance de la tutelle des Pmi, et de créer un ministère capable de vraies réformes, au niveau national. C'est ce que demandent également les assistantes maternelles depuis longtemps, afin de ne plus subir ces injustices de traitement liées aux réglementations aléatoires de chaque département ! « Cette « non-reconnaissance » professionnelle est particulièrement visible à un niveau politique où aucun ministère n'est jamais consacré à la petite enfance. Cette dernière est comprise dans la politique familiale et l'enjeu de l'accueil des jeunes enfants n'est entendu que comme un service rendu aux parents et non comme un lieu d'éducation pour les plus petits » page 17. Il est bien fini le temps de « la garde », où aucune qualification n'était attendue pour s'occuper des petits en l'absence de leurs parents et où seul l'amour des enfants suffisait … «Car l'accueil des jeunes enfants  est à n'en pas douter le premier espace social commun où il est urgent de ne pas abîmer les enfants et de leur apporter les conditions éducatives nécessaires. C'est le lieu et le moment où l'on peut permettre au tout-petit de construire son pouvoir de résilience face aux inégalités économiques et culturelles » page 19.
Oui, voilà bel et bien notre responsabilité !

 

Chantal Le Bouffant et Nathalie Gey s'intéressent ici « à la composition des équipes en charge de la garde des jeunes enfants en crèche, modes de garde en accueil collectif à la journée » page 21, à l'évolution du métier d'EJE et à l'utilité de « la création d'un nouveau diplôme de niveau IV […] qui serait de plus l'occasion d'offrir aux professionnels de la petite enfance un véritable parcours promotionnel dans une filière d'éducation pour la petite enfance » page 27

 

Boris Cyrulnik expose l'importance de la théorie de l'attachement  (John Bowlby) qui comporte «  une grande majorité de données affectives qui se rapportent directement au travail quotidien effectué par les professionnels avec les jeunes enfants » page 29. Bien qu'il n'y ait pas de formation pour devenir parents, nous restons pourtant marqués dans nos modes de comportement par notre culture : le père et la mère forment la niche affective et sensorielle, mais ils ne sont pas les seuls à en faire partie « Ainsi, les professionnels du mode d’accueil fréquenté par l'enfant occupent également cette niche sensorielle, sorte de constellation dont l'étoile maternelle reste la principale, la plus brillante, la plus saillante pour l'enfant, mais pas l'unique » page 31. Nous pouvons apporter aux petits une base de sécurité affective « à conditions que les accueillants soient des personnes stables, affectueuses, sécurisantes et dynamisantes » page 31, indispensable à son bon développement, afin qu'il puisse éprouver du plaisir à découvrir le monde.
Pourquoi continue-t-on à asséner à nos collègues en formation qu'elles doivent se comporter en professionnelles et donc, ne pas s'attacher aux enfants ? « la question posée n'a pas beaucoup de sens. Car c'est l'enfant qui s'attache. C'est lui qui choisit ses figures d'attachement […] C'est toujours l'enfant qui ressent les personnes avec lesquelles il se sent bien ou pas[...] Donc les professionnels de l'accueil de la petite enfance ont un rôle très important. Le simple fait d'être une figure familière pour un enfant modifie la manière dont son cerveau fonctionne. Dès l'instant où un enfant est sécurisé, il s'intéresse à ce qui se passe autour de lui. » page 33
Concernant directement notre travail, l'importance de laisser les enfants aller à leur rythme, les dangers de la sur-stimulation et l'intérêt de  l'ennui, sont exposés magnifiquement page 38 et 39 : «Nos enfants sont à la fois sur-stimulés et complètement placés dans un désert affectif […] Il y a donc un rythme du bébé que notre société a abandonné »

                                   


Dix propositions :
ce manifeste présente des propositions concrètes. Elles sont toutes très intéressantes, mais je n'évoquerai ici que celles concernant l'unification les différents métiers de la petite enfance en une seule filière permettant ainsi une évolution de carrière (n°3), et celle concernant la formation continue (n°7).
Pour créer une filière Petite Enfance, il manque donc un diplôme de niveau IV ce qui nécessiterait  de créer un nouveau métier, également accessible aux assistantes maternelles , qui chercheraient une évolution de carrière :
- un diplôme de niveau V : Cap ( Cap Petite Enfance modifié devenant Cap d'assistant d'accueil petite enfance)
- un diplôme de niveau IV :  accueillant  éducatif de jeunes enfants (nouveau)
- un diplôme de niveau III : EJE
- un diplôme de niveau II : CAFERUIS (1) petite enfance pour les directeurs et coordinateurs des structures d'accueil du jeune enfant (page 57)

« Notons ici d'une part que le niveau V du CAP petit enfance est pressenti pour les assistantes maternelles (pour professionnaliser une activité exercée aujourd'hui sans diplôme, mais sans leur demander de franchir une trop haute marche), il n'en demeure pas moins que leur travail relève d'un niveau IV » page 56. Merci … enfin, je crois !

« La formation continue, indispensable à tous pour évoluer selon ses aspirations et dans ses compétences professionnelles, est pourtant totalement sclérosée pour les professionnels des métiers de la petites enfance, et particulièrement pour les assistantes maternelles […] A part le Cap Petite Enfance, aucune formation qualifiante et diplômante n'est réellement permise en dehors d'un catalogue pré-établi de formations « basiques ». Aucune liberté n'est laissée aux assistantes maternelles. Elles ne peuvent pas être prise en charge lorsqu'elles choisissent des formations hors catalogue qui leur permettraient d'acquérir de véritables compétences au même titre que les autres professionnels de la petite enfance (colloques, séminaires , etc) même lorsqu'elles le font sur leur temps personnel. Elles sont soumises à un plafond de verre. » page 71. Une erreur ne se serait-elle pas glissé dans ce texte ? Les assistantes maternelles ne peuvent-elles réellement pas faire de formation hors catalogue ?

Jacques Fraisse nous apprend que « globalement les métiers de la petite enfance manquent de reconnaissance et les professionnels sont sous-qualifiés » (quelle surprise!) et que « les assistantes maternelles ont seulement cent-soixante heures de formations qui ne conduisent pas à un vrai diplôme » (160h ??? Stupéfaction!)

Chantal Le Bouffant et Nathalie Gey concluent que « de fait, quel que soit le métier et quel que soit son lieu d'exercice, il existe un socle commun de tâches à accomplir et de donc de connaissances à acquérir notamment concernant les actions éducatives en directions des jeunes enfants. » page 89. Si les assistantes maternelles souhaitent effectivement une meilleure reconnaissance de leur travail, ceci passant nécessairement par une meilleure formation et un vrai diplôme, reste que le Saint Graal n'est pas obligatoirement de travailler en structure ! « Nous sommes alors dans le paradoxe suivant : moins on est formé plus on assume de responsabilités. L'assistante maternelle est à la fois employée des parents , éducatrice, tout en garantissant un nursing de qualité. Mais elles restent confinées dans la garde à domicile. » Comme si être qualifiée et travailler à domicile était incompatible !


Ma proposition :
Il pourrait exister pour nous d'autres perspectives d'évolutions, comme par exemple , la formation, ou l'animation d'un Ram.


Un regret :
qu'aucun professionnel de terrain n'ait participé à la rédaction de cet ouvrage afin de donner une vision de l'intérieur, peut-être moins théorique … Encore une fois on parle de nous et à notre place. Les assistantes maternelles (et les autres professionnels de terrain) ont pourtant aussi des choses à dire, leurs propres idées sur leur métier et leur avenir,  et des propositions à faire !
D'autre part, il n'est fait aucune mention dans ce livre des responsables et animateurs de Ram, ni des ATSEM (5) pourtant en contact direct avec les petits et souvent figure d'attachement pour eux ...

 

Mon avis :
un livre un peu technique mais important, très inégal dans son contenu et les différentes interventions, surtout réservé à celles et ceux qui s'interrogent sur l'avenir des métiers de l'accueil et, en particulier,  pour les assistantes maternelles qui cherchent à se positionner par rapport au futur diplôme et aux compétences que nous devrons bientôt posséder pour pouvoir exercer notre métier.


*Nathalie Gey est formatrice d'adultes, directrice de l'Iris (2)
*Chantal Le Bouffant est vice-présidente de l'Iris
*Laurence Rameau est formatrice de la petite enfance, Directrice de la rédaction d'Assistantes Maternelles magazine et du Journal des professionnels de la Petite Enfance, et coordinatrice pédagogique de l'IPE (3) Boris Cyrulnik
*Jacques Fraisse est directeur général de l'IRTS (4) Languedoc-Roussillon
ouvrage sous la direction de *Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, éthologue et président de l'IPE
 
(1)CAREFUIS : certificat d'aptitude aux fonctions d'encadrement et de responsable d'unité d'intervention sociale
(2)Iris: Institut de ressources en intervention sociale
(3)IPE : Institut Petite Enfance Boris Cyrulnik
(4)IRTS : Institut régional du travail social
(5)ATSEM : Agent Territorial Spécialisé en École Maternelle

toujours en librairie, 12€


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