Parler et lire avec un tout-petit, mais pourquoi donc ?

Publié le 09.10.2016 par ChroniqueAssmat :: Mon actualité :: Mise à jour le 09.10.2016

L' ACEPP 33/47 (Association des Collectifs Enfants Parents Professionnels), réseau de crèches et d'initiatives parentales pour l'accueil de jeunes enfants et de leurs familles, a présenté le samedi 8 octobre 2016 deux conférencières à la Maison des associations de Mérignac devant une assemblée exclusivement féminine, sur le thème  « Parler et lire avec un tout-petit, mais pourquoi donc ? » :
Dominique Rateau, orthophoniste, thérapeute du langage et de la communication et
Corinne Mayer, médecin Pmi à la retraite.

 

Cette dernière a débuté la conférence par un rappel du développement de l'enfant, se plaçant d'un côté psychanalytique, en insistant sur les facteurs endogènes et exogènes de ce développement et en  mettant en avant l'importance de l'épigénétique et de l'environnement de l'enfant, ainsi que des récentes recherches en neurosciences qui ont démontré les pouvoirs de la plasticité cérébrale : « non, tout n'est pas joué avant trois ans ! »

Le développement du langage en particulier est un développement dynamique et non linéaire, se poursuivant jusqu'à l'adolescence. Il stimule toutes les parties du cerveau, et non pas uniquement  les sphères du cerveau gauche (Aire de Broca et Aire de Wernicke) comme on le supposait auparavant, car les émotions suscitées par la parole et les subtilités liées au contexte mobilisent également le cerveau droit et le cerveau frontal. Ainsi l'enfant baigne dans le langage dès sa naissance, des premiers babillages de la langue maternelle (6/8 mois) jusqu'à l'élaboration de la pensée symbolique (2 à 3 ans).

 

Le docteur Mayer a également évoqué le collectif « Pas de zéro de conduite » qui s’élevait en 2006 contre la prédictibilité des comportements et les dérives liées à « la détection systématique d'enfants « agités » dans les crèches, les écoles maternelles, au prétexte d'endiguer leur délinquance future, [qui] pourrait transformer ces établissements de lieux d'accueil ou d'éducation en lieux de traque aux yeux des parents, mettant en péril leur vocation sociale et le concept-même de prévention. »

Le travail avec les enfants doit s'appuyer sur une attitude prévenante. C'est un travail conjoint avec les parents « port d'attache des enfants » : c'est aussi un travail dans le temps, nécessitant de l'observation (sans attitude prédictive), en s'appuyant sur les capabilités parentales (que le docteur Mayer préfère au mot « compétences » parentales), avec humilité, écoute et valorisation des compétences de tous.

 

Dominique Rateau a poursuivi par une intervention animée, dynamique enthousiaste et pleine de poésie. Travailler dans la Petite Enfance est enrichissant car « les bébés nous apprennent que ce qui est important, c'est le vivant. » Ils donnent la priorité à la vie et l'enfance est le temps du questionnement. En tant qu'adultes côtoyant des enfants nous sommes aussi dans l'obligation de nous questionner : « Comment arriver à vivre ensemble ? ». Notre ambition au quotidien est de « cultiver en eux cette capacité naturelle d'interroger le monde ».

Le besoin de narration est vital. La lecture n'est pas un outil, c'est une ouverture à la culture, à l'art. C'est une rencontre avec un tiers : l'artiste, car les livres pour enfants sont des œuvres d'art. La narration permet d'accueillir la complexité humaine, et ne pas lire aux enfants fabrique de l'exclusion. La lecture aux bébés permet de quitter le monde du soin pour celui de la culture : « le bébé perçoit tout mais ne peut rien dire »

 

Dominique Rateau a insisté plusieurs fois sur l'indispensable moteur que sont le désir et le plaisir, et sur le fait qu'il ne faut lire aux enfants que si l'on aime lire soi-même, et qu'on doit leur lire des livres qu'on aime : la lecture est un moment de partage d'émotions. Lire, c'est chercher le sens des signes, et donc « tout le monde est lecteur dès la naissance » puisque le bébé essaie constamment de décrypter les signes autour de lui.

Elle a ensuite lu de nombreuses citations (Hubert Rives, astrophysicien, Jean-Didier Vincent, neurobiologiste, Paul Ricoeur, philosophe, René Diatkin et Winnicott, psychanalystes, Bernard Golse, pédopsychiatre, Thierry Magnier et Christian Bruel, éditeurs) qu'elle a illustrées par la lecture d'albums ; nous aurions toutes adoré poursuivre cette partie de la conférence !

Le public a ensuite posé des questions sur la langue des signes (les deux intervenantes n'en voient guère l'utilité), sur la CNV (Communication Non Violente) et l'éducation bienveillante (tentatives d'éducation parfaite), sur la lecture en silence d'albums sans texte (exercice qui semble difficile malgré la démonstration de Dominique Rateau) et sur la notion de temps de lecture dans les familles où « l'argent est présent, le temps est un luxe ». La conférence se termine par la lecture très émouvante d'un album sur la naissance "Mè keskeussè keu sa ?".
Françoise Näser

 

Albums lus par Dominique Rateau durant la conférence :
- Des milliards d'étoiles
- Avant Avant
- L'écuyère
- Bouh
- Mè keskeussè keu sa ?
 


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