Présomption d'innocence ?

Publié le 03.02.2016 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 02.06.2016

Ma chronique de Février 2016 :


Personne ne passe plus chez Nanou pour boire le café. Dans ce village de zone rurale, personne ne veut être vu avec elle depuis « l’incident » : même si l'affaire a été classée, lui montrer de l'amitié ou du soutien reviendrait à risquer d'être d'une manière ou d'une autre associé à sa « disgrâce ». Sa réputation entachée la désigne comme infréquentable. « Il faudrait mieux abandonner le métier » lui a même conseillé la puéricultrice de secteur lors de sa visite, doutant qu'elle puisse un jour retravailler : même alors qu’aucune preuve ne l'accuse, il restera toujours un doute, une glu nauséabonde qui lui collera à la peau ...

Est-ce vraiment un hasard, si le drame est arrivé alors que Nanou traversait déjà une période délicate de sa vie ? Fragilisée par des problèmes familiaux, Nanou, agréée pour 4 places d'accueil avait fait le choix de n'accueillir que deux petits issus de la même fratrie. La présence de ses propres enfants déjà grands et autonomes,  lui permettait de se consacrer pleinement à son travail. Car Nanou insiste sur ce point : son professionnalisme ! Sa maison sur deux étages lui permet de consacrer le rez-de-chaussée à l'accueil des enfants tandis que sa vie familiale se déroule à l'étage. Partager ainsi vie professionnelle et vie privée représente un atout non négligeable. De plus, Nanou consigne absolument tout par écrit : en plus du traditionnel cahier de liaison remis aux parents qui permet de noter les activités et moments forts de la journée, Nanou garde une trace pour elle-même de ses journées de travail, consigne également les emplois du temps de ses enfants, et les allées et venues de chacun. Les cahiers de liaisons sont de plus agrémentés de photos qui montrent de petits moments de vie des petits sur leur lieu d'accueil.

Et pourtant ! Malgré toutes ces précautions, Nanou n'a pas vu le danger arriver lorsque les parents des petits se sont séparés : pour obtenir la garde des enfants, tous les coups se sont avérés permis, même les plus odieux. Dans un premier temps, les petits sont confiés à leur maman dans la semaine, et le papa les prend un week-end sur deux. Mais ce n'est pas suffisant pour lui : comment obtenir la garde exclusive ? Accuser son ex-compagne de confier leurs enfants à « n'importe qui » par exemple ? Porter des accusations contre l'assistante maternelle dont il était parfaitement satisfait jusqu'à maintenant : non, trop simpliste ! Impliquer un des enfants de celle-ci ? L'accuser d'agression sexuelle, peut-être ? Voilà donc l'idée qui germe dans l'esprit de ce papa et qui le pousse à porter plainte à la gendarmerie, ce fatidique lundi de Mars 2015. L'attitude du papa qui se contredit plusieurs fois et refuse que sa fille soit examinée, ni même interrogée, alerte immédiatement les gendarmes qui se montrent circonspects face à ces accusations. Pourtant, la machine infernale est bel et bien lancée. Et la vie de Nanou s'écroule.

La procédure habituelle est mise en place : la Pmi prévenue par Nanou elle-même, informe le Conseil général qui suspend l'agrément pour quatre mois. Pourquoi une si longue période ? Pourquoi pas un mois, reconductible le temps de l'enquête, se demande Nanou ? La maman des petits, la mort dans l'âme, doit licencier Nanou pour faute grave et se retrouve du jour au lendemain sans solution d'accueil pour ses enfants, ce que le papa cherche immédiatement à exploiter à ses propres fins. Les deux femmes se serrent les coudes dans cette catastrophe qui les touche si intimement : à aucun moment, la maman n'apporte de crédit aux accusations contre Nanou et son fils, ce que les gendarmes prendront également en compte après audition des différentes parties. Nanou, interrogée aussi par les services de Pmi, doit s'expliquer devant la psychologue et la responsable de Pmi, auxquels elle fournit les preuves dont elle dispose. Mais comment disculper totalement son fils ? Au désespoir, il lui arrive même de douter de lui ! Se serait-il passer quelque chose sans qu'elle le remarque ? Le pire serait-il arrivé sous son toit, à son insu ?

Au bout de deux mois, la plainte du papa est classée sans suite. Pour Nanou et son fils, ce n'est qu'une demi-victoire : classé sans suite ne veut pas dire innocenté ! Son fils, terriblement affecté par cette injustice, ne retrouve pas son honneur bafoué et le papa des petits n’encoure aucune sanction pour ses mensonges : on dissuade même Nanou de porter plainte pour diffamation, par manque de preuves ...  Soutenue par son syndicat, et grâce à la diligence des gendarmes, Nanou retrouve son agrément. Pourtant, elle est toujours en arrêt maladie, sous tranquillisants et incapable de reprendre son métier, ni même de conduire. C'est aujourd'hui une femme détruite, une famille en totale insécurité psychologique et financière. Car une autre bataille s'est engagée avec la sécurité sociale, cette fois ! Son médecin ayant déclaré un accident du travail pour « choc émotionnel », le dossier de Nanou s'enlise au service contentieux depuis près d'un an. La raison invoquée ? Le papa a déposé plainte un lundi, jour où Nanou ne travaillait pas, ce qui exclut à leurs yeux l'accident du travail. C'est la descente aux enfers : ses revenus actuels ne lui permettent plus de subvenir aux besoins de sa famille, et Nanou craint même d'être expulsée de sa maison.

Nanou, assistante maternelle depuis de longues années, exerçait un métier qu'elle adorait et qui faisait sa fierté. Aujourd'hui, elle se retrouve seule à affronter le regard des autres. Seule au bord du gouffre, seule à continuer à se battre, seule face au déni de justice. Pourtant, Nanou veut alerter ses collègues et trouve l'énergie pour raconter une fois de plus son histoire, une histoire terriblement banale, un incident de parcours qui pourrait arriver à chacune d'entre nous : car c'est l'évidence, pour les assistantes maternelles, pas de présomption d'innocence ! Elle pense aux cas de suicide dont son syndicat lui a fait part et au nombre croissant de plaintes pour viol dans ce département, contre des assistantes maternelles ou des membres de leur famille, à la fin des contrats : à quoi sont prêts certains pour éviter de payer un solde de tout compte un peu trop élevé à leur goût ? C'est pourquoi Nanou veut témoigner  : « si personne ne parle, rien ne change. » Et Nanou veut que ça change ! Que cette histoire, son histoire, « ouvre des portes positives et constructives. » La solitude, le sentiment d'injustice et les soucis l'accablent : plus personne ne passe chez Nanou pour boire un café …
Françoise Näser, auteure de "Une vraie vie de nounou"

Si vous souhaitez soutenir le combat de Nanou, vous pouvez signer cette pétition :
http://www.fnaf.fr/petitions/presomption-innocence 

enjeux - objectifs :

  • Assurer le maintien de la rémunération en cas de retrait des enfants confiés et ce, jusqu’à la fin de la procédure
  • Garantir des ressources permettant d’assurer la défense du mis en cause y compris durant la période de prescription si le professionnel est toujours en activité ;
  • Garantir le maintien des conditions matérielles nécessaires à la reprise de l’activité professionnelle dès la fin de la procédure : logement, charges locatives, foncières et énergétiques, véhicule, etc.

         

 


 

 


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Par claudine le 27.02.2016


J'ai été dans le même cas que vous, diffamation pour coup sur enfants... c'est difficile à se reconstruire, mais j'y suis parvenu... les parents m'ont tous soutenu, car ce ne sont pas eux qui ont diffamer sur mon compte... j'ai porté plainte direct à la gendarmerie pour diffamation contre X et la PMI ne m'a meme pas soutenu... aujourd'hui je ne suis plus nounou, mais je revis.. il faut juste savoir dans quel métier vous voulez vous lancer, en ce qui me concerne je suis en intérim et je touche à tout (bureautique, manutention, préparatrice de commande, inventoriste) et j'ai toujours travaillé.. je n'ai pas le meme salaire qu'assistante maternelle, car j'ai toujours eu 3 enfants en accueil et je travaillais 13 heures par jour et un jour de week-end par semaine à 3.80 € par heure et par enfant et 3.80 € de frais d'entretien... autant vous dire que j'avais une bonne paye... mais je ne regrette pas de ne pas avoir la meme paye car je revie.. mon domicile, n'est plus mon lieu de travail et je rencontre des adultes... pour me relever il m'a fallu du temps (quelques mois) mais je ne retournerais jamais assistante maternelle, car on ne vis plus chez nous en travaillant chez soi !!!! Courage à vous

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ChroniqueAssmat à répondu le 28.02.2016


Merci Claudine pour votre témoignage : combien de collègues sont ou ont été dans cette situation dramatique ? Lorsque s'ajoutent des problèmes personnels, cela peut vraiment tourner à la catastrophe ...

Par claudine le 27.02.2016


J'ai été dans le même cas que vous, diffamation pour coup sur enfants... c'est difficile à se reconstruire, mais j'y suis parvenu... les parents m'ont tous soutenu, car ce ne sont pas eux qui ont diffamer sur mon compte... j'ai porté plainte direct à la gendarmerie pour diffamation contre X et la PMI ne m'a meme pas soutenu... aujourd'hui je ne suis plus nounou, mais je revis.. il faut juste savoir dans quel métier vous voulez vous lancer, en ce qui me concerne je suis en intérim et je touche à tout (bureautique, manutention, préparatrice de commande, inventoriste) et j'ai toujours travaillé.. je n'ai pas le meme salaire qu'assistante maternelle, car j'ai toujours eu 3 enfants en accueil et je travaillais 13 heures par jour et un jour de week-end par semaine à 3.80 € par heure et par enfant et 3.80 € de frais d'entretien... autant vous dire que j'avais une bonne paye... mais je ne regrette pas de ne pas avoir la meme paye car je revie.. mon domicile, n'est plus mon lieu de travail et je rencontre des adultes... pour me relever il m'a fallu du temps (quelques mois) mais je ne retournerais jamais assistante maternelle, car on ne vis plus chez nous en travaillant chez soi !!!! Courage à vous

0 Réponse(s)

Par trésors de mamounette le 05.02.2016


Je viens de lire votre chronique et malheureusement cela m' a fait revivre ce qu' une de mes collègue a subit il y a 6 ans. Son fils a été accusé d' agression sexuelle sur une petite fille de 2 ans....je ne vais pas rentrer dans les détails de la procédure car ce n'est pas mon cas mais je peux juste vous dire qu' elle a été anéanti et son fils encore plus...elle continue à travailler car nous sommes dans une ville assez grande et nous sommes un groupe d' assistantes maternelles qui l' avons soutenu mais son fils est détruit à jamais...il est soigné pour dépression et s' est enfermé dans son monde ( arrêt des études , pas de vie sociale...)
C'est anormal de n' être pas entouré et soutenue par la PMI, il faut toujours se battre et la plus part du temps c' est contre des moulins à vent.
Que pouvons nous faire..... Nous ne sommes pas reconnues et comme nous sommes souvent seule nous sommes très vulnérable...
Dans notre département, la PMI dissout toutes les petites associations qui permettaient aux assistantes maternelles de ne pas être seule...Pourquoi?
Les assistantes maternelles sont souvent dénigrées...comment pouvons faire changer les choses?
Bon courage et Nanou et je dis aux assistantes maternelles de son secteur de se poser les bonnes questions car peut être un jour pour X raisons ce sont elles qui auront besoin d'un soutient professionnel...ALORS RETOURNEZ BOIRE LE CAFE AVEC NANOU...ALLEZ VOUS PROMENER AVEC ELLE...ET TRAVAILLEZ LA MAIN DANS LA MAIN POUR FAIRE CHANGER LES CHOSES.

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 12.02.2016


Encore une situation très difficile que vous évoquez.
Comment ce merveilleux métier peut-il se transformer en enfer ?

Par bernymilly le 04.02.2016


Bonjour, je connais cette histoire depuis le début, pour avoir été informée par l'intéressée dès son commencement. J'ai été et je suis toujours là pour la soutenir. Croyez cette histoire, car si l'on vous dit que c'est la grande mode aujourd'hui d'accuser l'assistante maternelle ou son époux ou l'un de ses enfants de "viol sur mineur", C'EST QUE C'EST VRAI, et surtout dans le 91. Chaque mois dans ce département passe en CCPD au moins plus d'une centaine de collègue, et plus de la moitié pour accusation de viol sur mineur. Cela existe également dans d'autre département. Dans le cas d'espèce c'est parce que le papa voulait "se venger" de son ex, mais dans la plupart des cas, c'est parce que, VOUS mesdames et messieurs, avez voulu rendre un service à l'un de vos employeurs, tout cela pour garder votre emploi et ne pas vous retrouver inscrite à Pôle Emploi, mais l'employeur lui ne le vois pas du même oeil que vous, et pour se débarrasser de vous comme une mal propre, va accuser un membre de votre famille pour viol sur mineur. Et là, votre vie est fichue. Plus de boulot, des enfants suivis par des psys, un mari qui ne veux plus entendre parler de votre métier et vous menace de divorcer si un enfant remets les pieds chez vous, une réputation de merde. Et à plus de 45 ans lorsque cela vous arrive, qu'allez vous faire de votre vie ??? Vers quel métier allez vous vous retourner ??? et là commence la descente aux enfers pour vous..... Alors ne rêvez pas, chaque mois, plusieurs d'entre nous sont accusée de viol sur mineur et peut être un jour ce sera vous. Si je vous le dit, c'est que c'est la pure vérité et non pas des non dits à la con que l'on peux lire sur le net. Notre métier et surtout notre intégrité est en danger. Mesdames et Messieurs bougez vous afin que cela change.

3 Réponse(s)

bernymilly à répondu le 04.02.2016


Le Mesdames, Messieurs s'adresse aux Assistants et Assistantes Maternelles. Je suis persuadée qu'il y a des collègues qui ont du lire ce sujet et qui l'on vécu mais qui n'osent pas le dire, ou qui ont vécu d'autres situations aussi terribles mais qui ne disent mots, de peur des représailles ou peut être parce qu'elles pensent que les choses vont s'améliorer. Mais ne rêvez pas, les choses n'iront pas dans notre sens bien au contraire. Il n'y a qu'à voir les aides données par l'état afin d'ouvrir des crèches privées à tout va et nada pour nous. Alors ok les syndicats essaient de bouger les choses, mais pas facile pour eux non plus d'y arriver, mais si vous les collègues vous attendez que ce soit les autres qui bougent pour vous et bien vous pourrez toujours attendre longtemps que les choses chance et d'ici là le métier s'épuisera, plus de nounou, tous les gamins en crèches privées (c'est ce que souhaite le gouvernement) et pas mal d'ASSMAT au chômage..... et ce n'est pas une utopie mais la réalité de demain. Il faut donc se faire entendre.

Chez Nounou Maryjo à répondu le 04.02.2016


lorsque tu dis "Mesdames et Messieurs bougez vous afin que cela change" cela s'adresse à qui ? et qu'elles sont les choses à faire dans le " bougez vous ?"

ChroniqueAssmat à répondu le 04.02.2016


merci bernymilly pour votre commentaire. La diffamation est si facile : c'est une épée de Damoclès que nous avons tous au dessus de la tête ...

Par marie77 le 04.02.2016


bonjour, je vous transmets tout mon soutien, et surtout pas de "betises", vous devez etre forte, pour vous, et vos enfants qui ont besoin de vous, surtout votre fils bien cordialement

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 04.02.2016


J'ai beaucoup d'admiration pour Nanou qui est une femme très forte. Mais effectivement, parfois, trop, c'est trop !

Par Chez Nounou Maryjo le 03.02.2016


j'espère que cet collègue va réussir à reprendre le dessus.....

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 04.02.2016


Je pense que voir le soutien de toutes l'aide beaucoup :)

Par Chez Nounou Maryjo le 03.02.2016


malheureusement on a toutes un épée de Damoclès au dessus de la tête qui nous empêche souvent d'évoluer sereinement.

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 04.02.2016


Si nous devions constamment penser à tout ce que nous risquons avec ce métier, c'est sûr que nous ne l'exercerions plus !

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