Professionnalisation, quand tu nous tiens !

Publié le 19.11.2017 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 19.11.2017

Ma chronique de septembre 2017 :

Ce n’est que depuis 2005 qu’une convention collective encadre le métier d’assistante maternelle avec l’objectif de nous donner presque les mêmes droits qu’aux autres salariés, et avec la volonté de professionnaliser l’activité. 2005, 2017 qu’est-ce qui a changé pour nous ? Pas grand chose ! Un premier frein à cette volonté affichée de professionnalisation est le mode de recrutement, qui, lui, n’a pas changé : l’agrément. Ainsi, l’accès à la profession se fait de manière assez directe, après une sélection aléatoire, suivant des critères variables, sans formation qualifiante ou diplômante au préalable. La formation initiale est un second frein à une réelle professionnalisation : celle-ci intervient donc après l’agrément et en deux temps(1). La première partie de la formation est beaucoup trop courte et trop superficielle pour pouvoir réellement prétendre aborder tous les sujets indispensables à l’accueil de tout-petits, tandis que la seconde partie se concentre principalement sur le passage de l’EP1. D’autre part, il n’existe pas de tronc commun de connaissances et chaque organisme organise la formation comme il l’entend : on note de grosses lacunes, des différences importantes et même des contradictions, suivant les régions. L’accès à la formation continue (2) reste difficile et constitue encore un frein à une réelle reconnaissance professionnelle. Or cette absence de formation n’est pas sans conséquences directes sur notre quotidien.

Les parents d'Emma viennent de se séparer :  l'assistante maternelle doit savoir trouver les mots pour rassurer l'enfant, mais aussi jouer le rôle de médiatrice entre des parents qui se déchirent, parfois en sa présence. Son domicile devient le théâtre de la souffrance de toute une famille. L'assistante maternelle fait au mieux, mais se sent bien démunie. Le soutien à la parentalité est une formation continue dont elle souhaiterait pouvoir bénéficier.


Sophie est une enfant sage et souriante. Pourtant, le monde de ses parents s'est effondré lorsqu'on lui a diagnostiqué récemment une maladie invalidante. Ses parents sont atterrés et prennent chacun à témoin de leur malheur. Leur assistante maternelle est envahie de compassion et se sent aussi vaguement coupable que ses propres enfants soient, eux, en bonne santé. Elle aimerait suivre une formation sur la résilience, et pour pouvoir continuer à accueillir au mieux Sophie, une formation sur le handicap dont souffre la Petite.


Valentin s'est ouvert la main sur un morceau de verre brisé. Le sang a giclé partout et les hurlements du Petit se communiquent rapidement aux autres enfants. L'assistante maternelle, même si elle a suivi une formation aux premiers secours et  même s’ il lui en reste quelques vagues souvenirs, est tétanisée par la panique à la vue du sang. Elle appelle les urgences, en espérant que les secours arrivent très vite …


Pierre est très agité : il craint la sieste qu'il refuse de faire malgré la présence rassurante de son doudou. Son assistante maternelle est interpellée par son comportement qui désorganise l'accueil de tous les enfants. Non seulement Pierre semble avoir peur du noir, mais en plus, il se protège le visage dès que quelqu'un fait un geste brusque près de lui. Ses phases d'agitation sont suivies de moments de prostration. L'assistante maternelle a des soupçons mais ne sait comment mettre des mots sur cette situation. Elle se sent démunie, n'ayant pas été formée à la prévention de la maltraitance.


Un nouveau bébé est arrivé chez Nathalie, assistante maternelle depuis peu. Il passe ses journées à gazouiller sur son tapis de jeu, observant avec intérêt les autres enfants jouer autour de lui. Très vite, les jeunes parents vont reprocher à leur assistante maternelle de ne pas assez le stimuler, de ne pas savoir l'éveiller. Nathalie est très troublée et ne sait que répondre à ces accusations. Elle aimerait suivre une formation sur l'éveil de l'enfant, et surtout sur la communication avec les parents.


La puéricultrice qui a visité Christine pour l'obtention de son renouvellement d'agrément a exigé d'elle la rédaction d'un projet d'accueil. Christine, agréée pour quatre enfants depuis de nombreuses années, n'a jamais entendu parler de ce genre de choses … Elle n'est guère à l'aise avec l'écrit qu'elle ne pratique plus depuis qu'elle a quitté l'école. Elle aimerait suivre une formation lui permettant de mettre ses idées au clair et l'aidant à formuler ce fameux projet d'accueil.


Lors d’une soirée entre amis, Rachel n’a pu qu’admirer l’aisance avec laquelle une éducatrice de jeunes enfants dissertait sur son métier, truffant son discours de termes savants. « Moi aussi, je m’occupe d’enfants ! » a répondu Rachel lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle faisait. Pourtant « Assistante maternelle » a jeté un froid, créé un malaise. Rachel aimerait, elle aussi, se sentir plus sûre d’elle et pouvoir mettre de jolis mots, plus théoriques, plus abstraits, plus professionnels, sur son travail qu’elle adore et qui la rend si heureuse chaque jour.
Françoise

(1) Une première session de 60h avant l’accueil des enfants, puis une seconde session de 60h quelques années après, aboutissant au passage de l’EP1 (épreuve pratique n°1) du CAP accompagnant éducatif Petite Enfance, sans toutefois obligation de réussite, cherchez l’erreur !

(2) "La formation continue, indispensable à tous pour évoluer selon ses aspirations et dans ses compétences professionnelles, est pourtant totalement sclérosée pour les professionnels des métiers de la petite enfance, et particulièrement pour les assistantes maternelles. En effet pour ces dernières, un seul institut dépendant de la branche professionnelle agrée et labellise les organismes de formation permettant de délivrer la formation continue aux assistantes maternelles. A part le Cap Petite Enfance, aucune formation qualifiante et diplômante n'est réellement permise en dehors d'un catalogue pré-établi de formations "basiques". Aucune liberté n'est laissée aux assistantes maternelles [...]Elles sont soumises à un plafond de verre." Osons la petite enfance ! éditions Philippe Duval, 2014, page 71

           


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