regroupement d'assmat ?

Publié le 16.09.2015 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 17.09.2016

Ma chronique de Septembre 2015

Les assistantes maternelles savent faire preuve de solidarité et d'entraide lorsqu'une situation banale et anodine que nous rencontrons toutes dans notre pratique peut poser problème.


« Simon, tu dis à Nounou, hein ? si tu t'éloignes ... ». Sylvie s'occupe avec énergie de quatre petits à l'aire de jeux, et s'affaire de l'un à l'autre : l'un veut faire du toboggan, l'autre de la balançoire. Heureusement, le bébé dort sagement dans sa poussette. Simon, c'est le plus grand, celui qui connaît tout et tout le monde. C'est sa troisième année chez Sylvie qui semble bien agacée ce matin : « Il est encore arrivé en avance ! » Simon sent tous les yeux se tourner vers lui et se tortille, un peu gêné, puis recommence à courir partout en riant. Chacune des collègues présentes reprend alors son activité : il faut bien sûr surveiller les enfants, éviter qu'ils s'éloignent trop, consoler les petits chagrins, soigner les petits bobos : « quelqu'un a un pansement ? J'ai oublié les miens. » Les conversations vont bon train, aussi. On commente l'actualité professionnelle, le programme du Ram, ou les performances de la dernière poussette achetée : c'est toute l'identité professionnelle qui se construit à ce moment-là (1). Ce petit groupe de nounous se retrouve régulièrement au parc, dès que le temps le permet : les petits grandissent ensemble, créent des liens, forment de joyeuses petits bandes.


« Simon !!!! Qu'est-ce que tu fais ? Descends de là tout de suite ! » Simon par-ci, Simon par-là, à croire que Sylvie n'a d'yeux que pour lui, ce matin, et que chaque geste de l'enfant la pousse à bout … Sylvie prend sur elle pour ne pas se laisser aller à manifester trop vivement sa contrariété, mais ses gestes brusques et emphatiques sont tout aussi parlants. Finalement, une collègue se lance : « Il arrive souvent en avance ? » Et là, le trop plein d'énervement de Sylvie peut enfin s'exprimer. Depuis le 1er Septembre, son papa travaille dorénavant à la maison et semble avoir perdu toute notion d'horaires à respecter. Suivant l'heure de réveil de Simon, il arrive soit en retard, ce qui est contrariant, soit en avance, ce qui est insupportable pour Sylvie dont les nerfs sont mis à rude épreuve. Une autre collègue commente : « il faudrait peut-être en reparler avec eux, parce que pour le petit, ce n'est pas drôle non plus ! » Sylvie détaille alors les nombreux incidents : les sorties annulées faute de Simon qui arrive bien trop tard, ou bien, les coups de sonnettes intempestifs alors qu'elle n'est pas prête à accueillir les petits et que ses propres enfants dorment encore. Toutes compatissent en silence, car le non-respect des horaires est une situation fréquente que nous rencontrons toutes à un moment ou à un autre. Tout en parlant, les gestes de Sylvie s’apaisent un peu et elle finit même par embrasser Simon sur la joue en lui disant d'aller jouer. Le petit semble soulagé du changement d'attitude de sa nounou dont il ne comprend pas l'agacement.


Une situation bien banale, me direz-vous ? Pourtant à y regarder de plus près, que s'est-il passé : ce que d'aucuns appelleraient peut-être « analyse de pratique » spontanée ? Une collègue a pu exprimer sa lassitude, son mécontentement, son ras-le-bol face à une situation récurrente qui l'exaspère, ( sans pour autant trahir la notion de discrétion professionnelle que nous nous devons de respecter dans l'exercice de notre fonction car nous ne connaissons ni le nom des parents de Simon, ni même le métier du papa ! ). Toutes l'ont entendue et ont compati : on lui a conseillé de parler ouvertement avec les parents du problème. Elle a alors elle-même pris conscience que ce n'était pas l'enfant le souci, bien au contraire, et a pu alors recréer le lien affectif avec lui qui s'était appauvri. La question est alors : que ce serait-il passé, si notre collègue était restée entre ses quatre murs, seule face à cette situation ? Simon aurait-il fini par faire les frais du manque de communication et d'entente des adultes autour d'elle ? La question reste tabou : quelles sont les conséquences réelles de la solitude et l'isolement auxquels les assistantes maternelles sont soumises ? Ce métier peut être épuisant physiquement et psychologiquement. L'isolement professionnel ne serait-il pas la cause de certaine dérive, voire malheureusement de comportements violents si souvent relatés par la presse ?


Pourtant, une question revient sans cesse : avons-nous le droit de nous retrouver entre collègues ? Les réponses sont aussi variées que  contradictoires ; dans ce département-ci c'est strictement non alors qu'ailleurs c'est autorisé, voire même encouragé, pour cette puéricultrice, c'est oui, pour telle autre c'est impensable, et que dire des formateurs qui sont tous d' avis différents. Le référentiel d'agrément reste malheureusement trop vague sur le sujet : "Les assistants maternelles peuvent également participer aux activités d'un relais d'assistants maternels et s'organiser en association et se regrouper, notament au sein d'un syndicat représentatif." (2) Pourtant, il semblerait que pour certains Conseils départementaux, les assistantes maternelles ne soient agréées que pour leur domicile, et n'auraient donc pas le droit de sortir de chez elles. Que craignent donc les services publics s'ils nous interdisent de nous regrouper dans le cadre de notre activité ? Que sans la surveillance d'un  professionnel de la Petite Enfance diplômé pour nous encadrer, nous soyons livrées à nous-mêmes, de qui semble représenter un risque bien plus élevé à plusieurs, que seules chez nous ? Les assistantes maternelles aimeraient pourtant être considérées comme de vraies professionnelles compétentes, capables de s'auto-gérées. Si nous sommes en grande partie des autodidactes de la petite-enfance, si nous devons apprendre notre métier en nous formant seules, si l'on nous refuse une formation adaptée, si l'accès à la formation continue reste si difficile, nous refuse-t-on même le droit de nous entraider en nous privant de contact ? Sylvie a pu bénéficier de l'aide, du soutien et de la compréhension de ses collègues, et c'est l'enfant qui en tire tout le bénéfice (3). A méditer.
Françoise Näser


 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) "C'est dans ces rencontres, dans les parcs, que les assistantes maternelles comparents les pratiques, discutent, critiquent, élaborents leurs propres règles déontologiques" Catherine Sellenet dans "Les assistantes maternelles, de la garde à l'accueil éducatif ", L'Harmattan 2006, page 92

(2) référentiel d'agrément, page 38 www.travail.solidarité.gouv.fr/espaces/famille/,"rubrique infos pratiques".

(3) "Un réel effort devrait être fourni pour soutenir les assistantes maternelles dans leur mission et pallier la solitude parfois ressentie" Catherine Sellenet, idem


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Par sandrine33 le 09.10.2015


Bonjour Françoise,
A chaque réunion du RAM avec une intervenante psy, je constate combien certaines nounous ont besoin de lâcher la soupape ! Nous vivons des situations assez complexes dans notre quotidien et il est parfois si difficile d'avoir une bonne communication avec les parents qui prennent des décisions un peu rapide sous la pression de notre société... il faut que l'enfant soit propre à 2 ans 1/2 avant son entrée à l'école... Dans tout çà, on perd l'essentiel, les besoins réels de l'enfant. Merci pour tes articles qui nous permettent aussi de relativiser certaines situations...

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 15.10.2015


merci Sandrine !
La solitude est vraiment nocive : l'échange est indispensable pour trouver la bonne distance.
Amitiés

Par nounouceline le 21.09.2015


on a tous des besoins naturels de soupape pour laisser sortir un non-dits par peur de jugements! quand les non-dits s'installent ça crée un stress et malheureusement on détourne l'objet de notre colère sur celui qui est là! cette nounou a bcp de chance d'avoir pu prendre le recul nécessaire avec ses collègues et c'est souvent avec les collègues qui ont un regard extérieur sans juger que nous pouvons assurer un travail de qualité en toute sérénité avec nos loulous! le dialogue, ya que çà!
merci Françoise pour vos chroniques qui nous permettent aussi d'avoir le recul nécessaire sur certaines situation! comme dans votre livre, on se sent moins seule, moins isolées

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 23.09.2015


C'est très gentil, Céline. J'adore notre métier et j'aime en parler.
Amitiés

Par bbjyb le 16.09.2015


Enfin ! J attendais votre chronique avec impatience et j avais raison ...toujours juste ! Dans ce cas je dirai même malheureusement. ...enfin merci c'est tellement agréable de vous lire ! Amicalement Brigitte

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 23.09.2015


Alors, pour de vrai, certaines attendent mes chroniques ??? C'est vraiment gentil, cela me va trop au cœur !
Amitiés

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