Publié le 30.05.2014 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 18.06.2015

Chronique de Juin 2014

                           

 Renouvellement d'agrément à risque ...

 

Les enfants dorment. Audrey est tranquillement installée sur son canapé, l'oreille attentive aux baby-phones, un magazine à la main, quand retentit la sonnette. Tiens, une visite ? Surprise ! Une jeune femme se présente, puéricultrice de Pmi. Audrey sait bien que son dossier de renouvellement est en cours, mais elle ne pensait pas que cette visite importante, qui nécessite un entretien assez long, se ferait sans prise de rendez-vous, comme un contrôle aléatoire. Ou bien, cette jeune puéricultrice souhaite-t-elle justement faire d'une pierre deux coups ? Évaluer son travail en vue de renouveler son agrément pour les cinq prochaines années et effectuer dans le même temps un contrôle surprise : est-ce une bonne idée ?

 

Audrey jette un coup d’œil sur la pendule : l'horaire choisi par la puéricultrice l'interpelle. Ses collègues lui ont dit que l'entretien en vue du renouvellement durait de 2 à 3 heures : or dans très peu de temps, ce sera l'heure du goûter pour les trois petits qui ne vont pas tarder à se réveiller, puis le départ pour l'école où Audrey va chercher le plus grand des enfants qu'elle accueille en périscolaire. Tout cela, la Pmi le sait, puisque Audrey leur a joint, comme d'habitude, son planning où sont scrupuleusement notés tous ses horaires … La puéricultrice compte t-elle vraiment lui renouveler son agrément en si peu de temps ?

Audrey accueille quatre enfants : un bébé de 8 mois, deux enfants de deux ans et le plus grand qui est entré à la maternelle cette année. Son organisation est bien rodée : elle fait partie de ces assistantes maternelles qui représentent le mieux notre profession. Elle s'investit avec sérieux et professionnalisme dans son métier, veillant bien entendu à la sécurité des enfants qu'elle accueille avec bienveillance, mais aussi à leur éveil et à leur épanouissement. Ses parents-employeurs sont unanimement satisfaits et ravis de la manière dont elle s'occupe de leur enfant, certains depuis de nombreuses années. Audrey s'investit également dans les activités du Ram, où elle est bien connue, participant aux actions menées, ainsi que dans la formation continue grâce à laquelle elle améliore ses compétences. Elle suit des conférences sur la Petite Enfance, lorsque celles-ci se présentent, n'hésitant pas ensuite à modifier ses méthodes et à faire évoluer son travail auprès des petits. Audrey estime, à juste titre, être une bonne assistante maternelle puisqu'elle a même obtenu son CAP Petite Enfance.  Alors pourquoi se sent-elle brusquement sur la sellette ?

La jeune puéricultrice fouille dans ses papiers : eh non ! Le dossier de Audrey n'en fait pas partie. Perdu ? Oublié à la Pmi ? Il va donc falloir tout reprendre à zéro, l'état civil , le contexte familial, les antécédents professionnels, le nombre d'enfants accueillis … Le temps file rapidement, trop rapidement en fait, car les petits s'agitent déjà dans les chambres et Audrey, gênée dans son travail par la présence de la puéricultrice et déconcentrée par ses questionnements, n'a pas pu anticiper l'heure du goûter et tout préparer à l'avance comme elle le fait d'habitude. Son organisation, sa routine rassurante sont  bouleversées par cette présence inopportune et c'est  un peu la pagaille du coup, car il faut lever les trois petits, les changer sous l’œil attentif de la puéricultrice, installer les deux petites à table, puis préparer le biberon du bébé dont les hurlements affamés sont déstabilisants … Le visage fermé et les lèvres pincées de la puéricultrice ne laissent rien présager de bon. Audrey se sent jugée. Est-elle déjà condamnée ?

Le goûter terminé, la puéricultrice souhaite maintenant visiter sa maison, mais c'est bientôt l'heure de l'école et Audrey doit préparer les enfants pour sortir. Les deux petites, sensibles au désarroi de leur nounou, ne jouent pas vraiment le jeu et n'en font qu'à leur tête : Audrey doit leur courir après pour les habiller et leur mettre les chaussures. Elle sait que toute cette agitation joue en sa défaveur. Doit-elle se justifier en expliquant que leur comportement est inhabituel, et uniquement imputable à la présence légèrement hostile de la puéricultrice et au malaise de leur nounou ? A coup sûr, il sera fait mention dans le rapport de Pmi, de dysfonctionnements chez Audrey, de son manque d'organisation, d'encadrement, et d'autorité sur les enfants, et tout cela ne sera pas très positif pour obtenir son renouvellement ... Va-t-elle faire l'objet de remontrances ? Va-t-elle être convoquée à la Pmi pour s'expliquer ? Va-t-elle faire l'objet d'une surveillance ? Va-t-elle pouvoir conserver ses quatre agréments ?

 

 

« A côté de ce qui pourrait être considéré comme son cœur de métier [la planification familiale, le suivi des grossesses, la coordination avec les maternités, l'accompagnement à la parentalité] la Pmi a aussi d'autres missions. Celles, entre autres, de délivrer les agréments et d'assurer le suivi sanitaire des établissements de jeunes enfants et des assistantes maternelles […]
Aujourd'hui la Pmi s'écroule. Trop de travail, pas assez de professionnels, pas assez de moyens humains et financiers, aucune volonté politique […] Il serait peut-être temps de tout remettre à plat pour décider une fois pour toutes qu'il faut créer d'un côté une instance de protection sanitaire pour l'enfance et la famille et de l'autre, une instance qui encadre les modes d'accueil des jeunes enfants d'un point de vue éducatif. Car pourquoi vouloir continuer à ce que l'accueil des jeunes enfants dépende de la Pmi alors que cela n'a jamais été le cas pour l'accueil scolaire et périscolaire ? » (1)
Oui, pourquoi ?

"Les visites des puéricultrices se font rares de nos jours, et elles sont bien souvent mal perçues, voire mal vécues. Par leur "absence" (trop de travail, pas assez de personnel, des assistantes maternelles trop nombreuses ...) elles se font "oublier" et le dialogue s'appauvrit, creusant un fossé entre les professionnelles "de terrain" et les instances qui les régissent. Comment restaurer une confiance avec nos puéricultrices de secteur ? Comment renouer des liens de professionnels qui nous permettraient de travailler en véritable partenariat plutôt que dans la défiance ?" (2) Oui, comment ?
Françoise Näser



(1) « Assurer l'avenir de la PMI », Journal des Professionnels de la Petite enfance, n°74, janvier-février 2012, p.15
(2) Patricia Denat, in "Assistant(e) maternel(le), un métier à part (entière)", aux éditions ERES, 2014, page 14

 

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Par Chez Bibinou le 13.02.2017


Témoignage poignant !
Il serait temps que les PMI puissent être au diapason et travailler convenablement. Car elles soufrent elles aussi des décisions politiques. Quant aux visites surprises, j'en ai eu très rarement, avec la même puéricultrice depuis le début et qui est "juste et droite"... Elle s'excuse de peu nous voir, mais elle sait que dans notre commune "tout va bien et qu'on a le sens des responsabilités". Une fois, elle est venue comme cela, pendant la sieste... on a discuté des points qu'elle voulait aborder, mais j'ai continué aussi ce que j'avais à faire : préparer la compote, les fruits pour les grands... consoler un petit qui s'était réveillé et ensuite joué avec lui sur le tapis d'éveil, tout en poursuivant ma conversation... L'enfant d'abord ;-)

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 13.03.2017


oui, c'est poignant, effectivement, bises !

Par elyne le 03.06.2014


oui avec un avocat, faut que le conseil général apporte des preuves, ce qu'ils n'ont pas eu, mais vont me pourrir la vie en me mettant un avertissement avec les nanas qui passerons a l'improviste, ,
je suis quelqu'un qui ne se laisse pas faire, pour faire avancer notre métier

0 Réponse(s)

Par elyne le 03.06.2014


bonjour, je suis assmat sur la vendée et j'ai eu le meme soucis, avec une jeune puer a qui j'ai pas plus, et qui a raconté un tas de méchanceté sur moi, heureusement j'ai eu les parents de mon coté, mais onm'a envoyé en ccpd pour me reprendre mon renouvellement, mais comme j'avais pris un avocat, ils ne trouvent pas mieux que de me le laisser mais avec avertissement et suivi , me voila avec une épée de damocles au dessus de la tete,
et bien si c'est ca le métier d'assmat, !!!!!!!!!!!! j'ai qu'une hate, la retraite dans 5 ans

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 03.06.2014


Une épreuve, j’imagine ... Le fait d'être assistée d'un avocat a plutôt aidé en CCPD, ou pas ?
Bon courage, Elyne !

Par stéphanie le 01.06.2014


Encore un énorme bravo à toi !

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 01.06.2014


merci Stéphanie, c'est très gentil ! Bon courage à toi ...

Par becassine35 le 01.06.2014


chaque fois que je lis une de tes chroniques je me dis c'est exactement ça! tu sais précisément traduire le quotidien et le ressenti de tes collègues ; et puis mettre en avant les vrais qualités d'une assistante maternelle ! encore une fois bravo j'ai hâte de lire ton prochain livre!

1 Réponse(s)

ChroniqueAssmat à répondu le 01.06.2014


merci beaucoup becassine35 !!! C'est sans doute parce que j'aime ce métier ...

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