Un métier "passion", un métier "prison" ?

Publié le 01.05.2016 par ChroniqueAssmat :: Mes chroniques mensuelles :: Mise à jour le 02.05.2016

Ma chronique de Mai 2016 :

Mon métier, c'était « ma vie, mon poumon, ce qui me faisait avancer » ! C'est ainsi que Nouna décrit ce qui, des années durant, a rempli sa vie d'un intense bonheur. Nouna est une assistante maternelle qui parle de son métier avec ferveur et enthousiasme. Durant 15 ans, elle a entouré les petits qui lui étaient confiés de mille petites attentions et de joies, de beaucoup d'amour et de générosité. Son entrée en crèche familiale fut une réelle révélation à l'époque, et l'on peut même alors parler de vocation : au fil des formations, son intérêt pour la Petite Enfance ne fait que s’accroître pour devenir le point central de sa vie. La crèche familiale, ce sont des collègues tout aussi dynamiques et investies qu'elle, une équipe de professionnels toujours disponibles vers lesquels elles peuvent se tourner au moindre problème rencontré avec les enfants ou les familles, une structure qui les fait se sentir reconnues à leur juste valeur, une directrice à l'écoute et toujours de bon conseil. Avec les parents, la relation est également toute différente puisqu'ils ne sont plus directement particuliers employeurs mais usagers d'un service municipal, toutes les questions de contrats et de paiement étant gérées par la mairie. Pour Nouna, c'est un réel plus : aucune tracasserie administrative, aucune tension financière ne vient troubler son coin de ciel bleu ! Elle se sent entourée, soutenue et surtout valorisée dans un métier qu'elle adore et où elle s'épanouit pleinement.


Pourtant aujourd'hui, Nouna ne trouve plus sa place dans cette profession qu'elle a décidé d'abandonner, contrainte et forcée, avec un immense sentiment d'échec à la clef. Que s'est-il passé ? Comment son rêve a-t-il pu se briser en mille morceaux, l’entraînant dans une situation proche du burn out ? Une mutation de son conjoint, un déménagement dans une région au fort taux de chômage où la municipalité préfère investir dans l'accueil collectif : la crèche familiale à laquelle Nouna a immédiatement postulé, pensant y retrouver les mêmes qualités que précédemment, ne donne pas suite à sa demande, et Nouna se retrouve seule. En vain, elle s'attend à plus de communication et de solidarité avec ses nouvelles collègues, mais là encore, c'est une déception. Cette solitude lui semble alors écrasante, malgré le merveilleux soutien de l'animatrice de Ram qui tente l'impossible avec de très petits moyens. Avec l’enthousiasme qui la caractérise, Nouna participe avec joie aux activités proposées telle la création d'un tapis d'éveil tactile ayant les comptines pour thème : elle passe alors quelques soirées bienvenues à la fabrication d'un « grand cerf dans la forêt ». Elle prend également part à la préparation d'une petite pièce de théâtre conçue à base de scénettes illustrant de petites anecdotes qui reflètent bien notre quotidien d'assistantes maternelles, ou bien encore à des groupes de parole animés par une psychologue qui permettent d'évacuer les difficultés et les stress inhérents à notre profession. Les uniques moments où Nouna se sent moins isolée sont désormais ceux passés au Ram car chez elle, entre ses quatre murs, elle se sent comme en prison.


C'est alors que le trio infernal « précarité-Prud'hommes-chômage » pointe le bout de son nez. Car il faut bien admettre que, dans notre métier, en cas de soucis financiers avec nos parents-employeurs, nous nous retrouvons bien seules et souvent démunies. Nouna n'échappe pas à une expérience difficile, moins rare que l'on pourrait le penser, avec un parent qui ne la déclare pas à la Caf durant plusieurs mois, et donc pas non plus à Pajemploi : cette absence de déclaration crée des tensions qui se mue en hostilité lorsque, blessé dans son ego, ce parent cherche à pousser Nouna à la démission. C'est alors un bras de fer qui s'engage. Bien que syndiquée, ce qui lui semble être vraiment un minimum, Nouna encore une fois, se sent très seule et cette expérience aux Prud'hommes pour récupérer son dû représente pour elle une véritable cassure. Devoir se battre et faire face à la mauvaise foi de son employeur qui, bien qu'elle ait gagné sans difficulté, refuse toujours de s’acquitter des sommes dues, s'en est trop pour Nouna qui ressent alors un immense mal-être : la difficulté à trouver des enfants à accueillir et des contrats lui permettant de vivre décemment, la difficulté à se faire payer des salaires pourtant largement mérités, la dégouttent petit à petit d'un métier qui était pourtant sa passion.

Après 6 mois de chômage, sa décision est alors prise : elle veut « retourner dans le monde du travail », avec une vraie vie sociale, des collègues, des perspectives d'avenir et un salaire assuré à la fin du mois. Pôle Emploi lui propose alors une formation rémunérée : c'est sa bouée de sauvetage ! Le Contrat Unique d'Insertion va lui permettre un retour à la vie active, sortir du cercle infernal du chômage, voir enfin le bout du tunnel. Elle se sent alors tout à la fois libérée et attristée de faire ainsi une croix sur 15 ans de sa vie. Mais nous souhaitons à Nouna tout le bonheur du monde dans cette reconversion !
Françoise Näser

 

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  "Une vraie vie de nounou"

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illustrations :

- http://fr.123rf.com/clipart-vecteurs/enfants_qui_jouent_dehors.html
- ichantent.free.fr
- http://unevieenauvergne.centerblog.net/209-la-solitude


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